La Croisière s'amuse
17/11/2014

La Croisière s'amuse

[REC] 4 : Apocalypse

8

Peu montré à la presse et précédé on ne sait pourquoi d’une réputation peu flatteuse, cet épisode final (?) nous emmène dans un dernier tour de manège. Alors, pourquoi bouder son seau de pop-corn ?

Retour aux fondamentaux ! Après la démonologie rigolote de [REC] 2 (le préféré de l’auteur de ces lignes) et les errements comiques de [REC] 3: Genesis, dont les apports sont juste évoqués au passage pour faire raccord, cette Apocalypse revient aux sources de la série en remettant au premier plan l’héroïne de l’épisode inaugural, la reporter Angela Vidal. Après avoir été exfiltrée de l’immeuble barcelonais infecté, la belle se réveille au sein d’un cargo qui aurait l’air d’être un simple lieu de quarantaine si des scientifiques ne semblaient y mener des expériences sur le virus. Bien sûr, celles-ci dérapent et les zombies ne tardent pas à infester le rafiot, ce qui augmente d’autant l’antagonisme naissant entre, d’un côté, les membres d’équipage et les survivants en observation, et les blouses blanches de l’autre. Les auteurs retrouvent ainsi la structure du premier [REC], à ceci près que les quidams et les représentants du pouvoir (lesquels ont de bonnes raisons pour éviter à tout prix l’expansion du mal) sont ici sur le même bateau…


Bref, Jaume Balagueró s’amuse à faire son Aliens, le retour et il le fait plutôt bien. Si les combats rapprochés cèdent aux effets de tremblé peu lisibles (alors même que l’opus 3 avait abandonné en cours de route le principe du found footage), les mouvements de caméra au long des coursives apportent un dynamisme bienvenu. Et en dépit de quelques trous dans le scénario (notamment, tel détail – qu’on a oublié de couper au montage ? – colle mal avec le rebondissement final), l’ensemble s’avère être un bon récit de contamination, auquel ne manque même pas un système d’autodestruction du navire. Que demander de plus ? C’est vrai, certains attendaient que Balagueró conclue en apothéose un cycle dont il avait coréalisé les deux premiers films avec son compère Paco Plaza, lequel avait signé en solo le troisième. Mais ce serait oublier qu’à l’exception de certains traits du long-métrage original (l’obscénité des corps malades, qui a beaucoup marqué les esprits, et aussi certaines ambitions de typage sociologique, globalement ratées quant à elles), la franchise ne s’est jamais élevée au-dessus du tour de montagnes russes horrifique. Dans cette perspective, [REC] 4 : Apocalypse boucle la série sur une note honorable, bien que des fausses fins gaguesques esquissent des prolongements dont n’auraient jamais osé rêver les pontes de The Asylum. Si on nous permettait d’élargir un peu le propos, nous dirions d’ailleurs que c’est ce qui manque cruellement sur nos écrans – les grands, du moins. A l’heure où la distribution du genre en salles s’est rétrécie jusqu’à ne plus accueillir que des fantaisies paranormales ou des bandes en found footage (dont la vogue doit justement beaucoup aux [REC]), c’est en effet très sympa de revoir un pur film d’horreur ailleurs que chez soi. Auprès d’un public de vendredi soir dans un multiplexe, celui-ci avait l’air de fonctionner gentiment.

 

Gilles Esposito