Way of the Gunn
17/12/2007

Way of the Gunn

Horribilis

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C’est au B.I.F.F.F. 2007 que nous avons rencontré le réalisateur/scénariste James Gunn. Officiant en tant que membre du jury, c’est avec humour et sincérité que le papa d’Horribilis nous a parlé de sa carrière et de son passage chez les majors.

Qu’est ce que vous avez appris en travaillant pour Troma ?
Le truc super avec Troma, c’est que j’ai reçu un enseignement cinématographique très complet. Pendant que d’autres payaient des fortunes en école de cinéma, moi, je me faisais certes payer en biscuits mais j’ai pu apprendre un tas de choses. Lloyd Kauffman m’a permis d’écrire le script de Tromeo & Juliet et de le produire. Ainsi, j’ai pu suivre le film de sa pré-production à sa sortie en salles. Grace à ça, j’ai pu apprendre comment marche le business des films, et ça, peu de gens en ont l’occasion. Je suis très chanceux d’avoir vécu ça. Et j’apprends encore, sur chaque film que je fais. J’ai eu la chance d’être chaperonné par des gens talentueux, notamment Charles Roven sur les Scooby-doo.

Vous avez été extrêmement impliqué sur Tromeo & Juliet. J’ai écouté le commentaire audio du DVD et vous parlez du film comme un réalisateur. Sur les images de tournage, on vous voit sur le plateau tout le temps et vous parlez aux acteurs.
Oui c’est vrai, c’est moi qui parlais aux acteurs. J’avais fait des courts mais je n’avais jamais été sur un vrai tournage. J’étais tellement excité en allant travailler le matin ! Je me rendais bien compte que le scénario était stupide avec son monstre pénis. Savoir que le film se faisait pour 300 000 dollars, ça me sidérait. J’hallucinais qu’on mette une somme si astronomique sur l’une mes idées. Quelle époque géniale... Pour moi, les deux moments forts de ma carrière restent les tournages de Tromeo & Juliet et d’Horribilis. Sur ces deux projets, j’ai rencontré des gens qui sont devenus des amis. Ils étaient dédiés à 100 % aux films. Ca été deux tournages très sympas, très artistiques. J’ai eu beaucoup de chance. 

A l’annonce de la mise en chantier du remake de Zombie, les fans se sont déchaînés et ont fait savoir leur mécontentement. Etant le scénariste de Scooby-Doo, vous n’étiez pas à leurs yeux la personne faite pour ce job. On vous prenait pour un simple scénariste de comédies. Ca été difficile d’écrire quelque chose de plus sérieux ?
Non, non, pas du tout. J’ai eu une grande liberté sur ce projet. J’aime le changement. Mon prochain film en tant que réalisateur sera encore plus sérieux que L’Armée des morts où il y a un peu d’humour, quand même. J’aime tous les genres et c’est pour ça que je suis un fan de Howard Hawks. Il pouvait faire des comédies, des polars ou des westerns. Je ne sais pas si je ferais autant de films différents mais j’aime sa versatilité. Certains des thèmes traités par mes films reviennent en filigrane, je pense, mais j’aime changer de style et garder mon entrain.

L’une des forces de L’Armée des morts, c’est de ne pas refaire bêtement le film de Romero. On sent une volonté de s’en éloigner…
Oui. L’histoire de Hansel & Gretel a été racontée des tonnes de fois. De différentes manières et souvent très bien. Sur L’Armée des morts, c’est pareil. Je voulais raconter une nouvelle histoire et c’est pour ça que les personnages sont différents et que l’intrigue est différente. Tout est très éloigné du Romero. Je ne voulais pas refaire une version améliorée de Zombie mais quelques chose qui ait sa propre autonomie.

Le problème d’un remake comme celui de Massacre à la tronçonneuse, c’est qu’il reste trop proche de son modèle, ce qui en limite sa force et ce, quelles qu’en soient les qualités. Sur L’Armée des morts, on sent un esprit similaire à Zombie mais l’expérience reste très différente.
Tous les grands remakes, que ce soit L’Invasion des profanateursThe Thing ou La Mouchesont des films qui prennent leur distance avec les originaux. Leurs thèmes sont proches des films dont ils s’inspirent certes, mais ils sont très différents. Plus personne ne fait ça de nos jours. A part L’Armée des morts ! Et bizarrement, personne ne suit cet exemple, bien que le film ait rapporté des millions de dollars. Regardez le remake de La Malédiction. Ils ont utilisés le même script ! 

Le fait que vos zombies puissent courir est un autre grand point de discorde parmi les fans. Certains pensent qu’il ne s’agit que d’un truc commercial pour être plus moderne et ne pas ennuyer le public. C’est une idée à vous ou à Zack Snyder ?
C’est une idée à moi. Je n’ai aucun problème avec les zombies de Romero mais c’était plus approprié à la situation de les faire courir. Pendant l’écriture de L’Armée des morts, j’ai voulu faire comme Stephen King et tout écrire d’une traite, sans filet. J’ai commencé par le début – qui est la meilleure partie du scénario – et je me suis laissé porter. Toute la partie avec l’enfant zombie qui attaque ses parents me paraissait plus forte si la gamine courait à toute allure. C’est pour ça que j’ai fait de mes zombies des créatures rapides. Dans mon premier jet, tous les zombies ne couraient pas. Ca dépendait de leur état de décomposition. Et puis, on a fini par changer d’avis et on les a tous fait courir. Il ne s’agissait donc pas de quelque chose que j’avais planifié depuis le début.

Vous avez écrit The Specials et cette expérience a été plutôt pénible pour vous. Sur le commentaire audio du film, vous vous plaignez du fait que le projet ait bifurqué dans une autre direction que celle que vous espériez. Apparemment, le réalisateur Craig Mazin et vous n’étiez pas sur la même longueur d’onde…
(il réfléchit) C’est le scénario de The Specials qui m’a introduit à Hollywood. Il a été lu par beaucoup de monde et à fait un effet boule de neige. Je l’ai écrit très vite, après avoir quitté Troma et c’est grâce à ce script que j’ai été embauché sur tous mes autres projets. Ce scénario me tenait à cœur, j’aimais beaucoup les personnages. Le réalisateur l’a lu et a voulu le faire. Quand on discutait du projet, il semblait avoir compris ce que mon frère (coproducteur du film - NDLR) et moi voulions faire. Mais au final, la réalité a été tout autre. Est-ce qu’il nous a menti ou est-ce qu’il s’est laissé dépasser par les événements, je n’en sais rien. Mais c’est peut-être aussi ma faute. J’ai laissé passer certaines choses et, venant de Troma, j’ai l’habitude de défendre mes idées avec passion. Chez Troma, tout le monde se hurle dessus pour faire avancer le projet mais à Hollywood, ça ne se passe pas comme ça. Je m’engueule souvent avec les réalisateurs de mes scripts, ce qui ne veut pas dire que ce soient des abrutis. Mais sur The Specials, le réalisateur et moi, on ne s’entendait pas et on a fini par ne plus se parler. Le film n’est pas mauvais mais il n’est pas tel je le souhaitais. The Specials a tout de même ses fans et ils sont souvent choqués quand je leur dis que je n’aime pas beaucoup le film. Le résultat aurait pu être tellement plus... spécial. Le film est trop « sitcom ». Le réalisateur ne savait pas ce qu’il faisait.

Horribilis, votre premier film entant que réalisateur, s’est mis en route très vite. On a l’impression qu’à peine le script écrit, il a été validé et tourné en un clin d’œil. Le projet a été si simple à monter ?
Oui, même si physiquement, ça été beaucoup plus dur. On a tourné en plein hiver, dans la forêt et on a eu très froid ! On avait aussi beaucoup d’effets spéciaux et on a connu notre lot de soucis pour tout coordonner. Mais sinon oui, ça été génial. Le travail avec Michael Rooker, Nathan Fillion, Elizabeth Banks et les producteurs a été un plaisir. Ce sont des amis. Et puis, dès que les responsables du studio ont vu les premiers rushes, ils ont été très satisfaits et on a pu faire ce qu’on voulait.

Vous aviez confiance en vous dès le départ ?
Oui. J’adore être sur un plateau. Le premier jour sur Tromeo & Juliet, tout ce que je voulais c’était dégager Lloyd Kauffman (le réalisateur - NDLR) hors de mon chemin !

Oui mais sur un projet comme Horribilis ça doit être différent. Chez Troma, vous pouvez parler à vos interlocuteurs comme à des amis alors que sur un film hollywoodien comme Horribilis, le rapport à ses supérieurs doit être tout autre. Vous n’avez jamais craint de vous faire écraser ?
Horribilis a été plus facile que Tromeo & Juliet ! J’adore Lloyd mais il est très chiant sur un plateau. On a bossé très étroitement pendant toute Tromeo & Juliet mais c’était lui le chef. Sur Horribilis, c’est moi qui prenais les décisions. Les autres films auxquels j’ai collaboré ont aussi été très agréables. J’ai eu de la chance en tant que scénariste de pouvoir rôder sur les plateaux, ce qui m’a permis d’être confiant pour mon premier film.

C’est dommage qu’Horribilis n’ai pas trouvé son public en salles…
Oui, c’est triste. Mais l’accueil critique a été très bon et les gens l’ont beaucoup apprécié. C’est déjà bien. Et puis, les ventes du DVD n’arrêtent pas de grimper.

Dans le petit module tourné par Lloyd Kauffman pendant le tournage d’Horribilis (que l’on peut voir en version intégrale sur le DVD de Tromeo & Juliet - NDLR), on vous entend lui promettre que sa scène sera proposée en bonus sur le DVD. Pourtant celle-ci ne figure pas sur le disque.
Je ne me souviens pas avoir dit ça… Mais vous savez, il n’avait qu’une ligne de dialogue et le disque d’Horribilis est tellement bourré de suppléments qu’on n'avait plus la place de rajouter quoi que ce soit. On a utilisé tout l’espace possible. Je me souviens avoir appelé Universal pour les prévenir qu’il manquait la bande-annonce et ils m’ont affirmé ne plus avoir de place pour rajouter quoi que ce soit !

Allez-vous continuer à écrire pour des scénarios pour d’autres réalisateurs ?
(catégorique) Non. (silence) Sauf si j’ai un môme à nourrir un jour ! J’ai encore des vieux scripts que des gens vont mettre en chantier mais là, j’essaie de passer à autre chose. Le truc super avec Scooby-Doo, c’est que je touche encore des royalties pour mon script et que je n’ai plus besoin de travailler. Donc j’essaie de me tourner vers quelque chose qui me motive. Je ne veux pas enquiller les projets comme tant d’autres. Ce qui peut m’intéresser un jour ne m’intéressera peut-être plus dans trois ans. Mais bon, il ne faut jamais dire jamais et peut-être qu’un jour, j’écrirais quelque chose pour un autre réalisateur. Pour l’instant, je me consacre à mon travail de réalisateur. 

Jean-Baptiste Herment