Back in Business
30/10/2014

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31

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Interview Rob Zombie

Après avoir dû renoncer à Broad Street Bullies (un drame dans le milieu du hockey sur glace), Rob Zombie revient au genre horrifique avec 31 par le biais duquel il se frotte pour la première fois au procédé très en vogue du financement participatif. Il nous explique la conception de ce projet mettant en scène un groupe de tarés costumés et spécialisés dans le kidnapping qu’il décrit déjà comme son « œuvre la plus brutale ».

Je sais que vous enchaînez les interviews donc je vais essayer de ne pas vous poser les mêmes questions que mes prédécesseurs, ce qui n'est pas forcément facile à un stade aussi avancé.

Merci ! (rires) Je vais essayer de ne pas vous donner les mêmes réponses, alors.

À l’exception de Lords of Salem, tous vos longs métrages ont été tournés sur pellicule, que ce soit en 16 ou en 35mm. Vu qu’il est de plus en plus difficile de recourir au support chimique, je me demandais si vous espériez pouvoir shooter 31 en pellicule.

Je ne sais pas encore. Malheureusement, tourner sur pellicule est devenir vraiment difficile. Plus le budget est bas, plus c’est difficile de recourir à la pellicule. Le dernier film que j’ai tourné en pellicule, c’est Halloween II et il y avait des moments où, la nuit, c’était tellement sombre que je ne voyais pas ce qu’on avait sur l’écran. Tout ce qu’on pouvait faire, c’était de croiser les doigts pour que tout soit correctement exposé alors qu’en numérique, on voit tout en basse lumière. Il n’y a donc pas cette peur de ne pas obtenir le plan. Je préférerais tourner en pellicule, mais l’élément décisif sera le budget. Si on est trop serré et qu’on doit tourner en numérique, alors, j’opterai pour le numérique. De toute façon, la plupart des gens ne voient pas la différence. Avant, le rendu était vraiment différent, mais ce n’est plus le cas de nos jours.

Quand même, vos films affichent une âpreté, une granulation et une texture propres au celluloïd.

Oui et j’ai d’ailleurs essayé de salir l’image de Lords of Salem (tourné avec la Red One MX - NDLR), car le numérique était si propre... Mais pour 31, je veux quelque chose de vraiment sale. L’autre jour, je regardais The Wicker Man en DVD et bien que la copie soit correcte, le rendu était plutôt granuleux et un peu flou, et je me suis dit que si le rendu avait été nickel, l’effet n’aurait pas été le même. La pellicule possède quelque chose de particulier, mais les gens veulent que tout soit tellement propre et parfait. Ça peut aller pour une comédie, mais pour un film d’horreur, je pense que le film doit se montrer rugueux.

Vous avez souvent dit que les fans d’horreur ressemblaient aux fans de métal. Ils sont entiers et vivent donc leur passion à fond. De fait, le financement participatif est un procédé qui correspond parfaitement à un projet comme 31 où vous comptez sur la générosité des internautes pour vous aider à boucler votre budget en échange de goodies tels que des t-shirts, des exemplaires dédicacés du scénario ou un crédit au générique...

Que ce soit sur ma page Facebook ou Twitter, je vois des tas de photos ou les gens montrent des tatouages à mon effigie ou à l’effigie de films. Beaucoup peuvent s’en étonner et se demander : « Mais qui peut bien faire ça ? », mais, moi, j’ai tellement l’habitude de voir ce type de comportements que je suis plutôt surpris quand je vois un fan se comporter différemment. Je suis pareil. Tout ce qui compte pour moi dans la vie, ce sont les films et la musique. Rien d’autre. Les gens qui écoutent de la pop ont plein d’autres intérêts comme de faire vélo. Mais avec le métal, c’est totalement différent. C’est un fanatisme que le public lambda ne peut pas comprendre. À part les amateurs de sports, peut-être...


Sur la page officielle de 31, vous partagez des informations et des photos de préparation avec les internautes. Comment gérez-vous le fait que tout le monde peut juger de l’évolution du film avant même que celui-ci ne soit fini ?

Je n’y prête pas trop attention. J’essaie de ne pas trop en montrer parce que je veux conserver l’effet de surprise. Si vous leur montrez tout, les gens seront blasés en découvrant le film. Quand j’étais jeune, je ne savais rien des films, je me contentais d’aller les voir et de dire : « Oh, mon dieu, c’est incroyable ! » J’essaie donc de juste donner une information par-ci par-là. Quant aux avis des gens qui se plaignent de tel ou tel détail, je n’y fais pas attention, car ils ne connaissent pas le contexte du film donc ils réagissent sur des à priori. Il ne faut pas se laisser influence par tout ça, car tout le monde issu de la culture internet veut avoir un avis sur tout et ça engendre souvent de la négativité. On dirait que personne n’aime plus rien de nouveau. (rires) Tout le monde dit : « Je n’aime pas ton dernier film, je préférais les anciens. » Pourtant, personne ne les aimait à l’époque ! C’est pareil avec la musique. À chaque nouvel album, on dit toujours que votre nouveau CD n’est pas aussi bon que l’ancien. Il faut donc se libérer de tout ça et se dire : « Advienne que pourra. »

À l’évidence, 31 possède tous les éléments propres à votre cinéma et je me demandais si vous aviez une idée de ce que ce projet peut vous apporter en tant que cinéaste. Vous avez forcement évolué depuis vos débuts.

Je ne sais pas encore. Je pense que j’essaie de rendre mon travail le plus épuré possible. Plus l’histoire est épurée, meilleur sera le film. En musique, tout le monde peut écrire un morceau de huit minutes qui dure éternellement. Et alors ? L’important, c’est de savoir écrire un titre de deux minutes qui se montrera inoubliable. La voilà, la réussite. Quand on écoute les Beatles ou Les Ramones, on se dit : « Whoua, ils ont accompli tout ça en une minute et demie ! Quel génie ! » Avec les films, c’est pareil. Il suffit de voir un titre comme Frankenstein qui ne dure que 75 minutes. C’est si resserré et génial. La plupart du temps, je me dis que les films d’aujourd’hui seraient meilleurs avec une demi-heure de moins. L’histoire dure et dure encore... À mon niveau, l’important est d’essayer de rendre mon histoire plus concise et ne pas devenir trop complaisant. 

Vous qui êtes dans le business depuis longtemps, comment jugez-vous l’état actuel du genre ? Les films réalistes et violents comme 31 n’ont pas le vent en poupe dans les salles et Hollywood produit majoritairement des bandes surnaturelles assez grand public.

C’est cyclique. Cette vague surnaturelle a commencé avec Paranormal Activity où tout le monde a déliré sur le style du film. Pour moi, c’était juste le même truc que Le Projet Blair Witch, mais c’est parce que je suis vieux. Si j’étais jeune, je n’aurais aucun souvenir du Projet Blair Witch ! Après, ils font des tonnes de suites et les gens finissent par en avoir marre comme à l’époque où on avait tous ces Saw et autres films ultraviolents. Et puis le public s’est lassé... C’est comme ça que fonctionne le système hollywoodien : quand un film est populaire, ils ont font vingt de plus jusqu’à ce que vous soyez dégoûtés. Ce n’est pas un problème de cinéastes, c’est juste que les studios veulent toujours faire la même chose. Moi, justement, je veux aller à l’encontre de ça même si c’est difficile. 31 est une sorte de slasher super violent ce qui n’est pas à la mode en ce moment. Et c’est justement pour ça qu’il faut le faire ! On n’a pas besoin de mon film s’il y a déjà des tonnes de slashers qui sont produits toutes les cinq minutes. Les films de fantômes avec un groupe de gens qui arrivent dans une maison hantée, on s’en fiche : ils en produisent déjà à la pelle. J’aime l’idée de faire quelque chose qui ne se fait pas.



 

Peut-on espérer découvrir lors de la sortie de 31 en vidéo un making of aussi complet que celui de votre remake d’Halloween ? C’est tellement rare les documentaires exhaustifs et francs du collier...

Je l’espère, oui. Ce qui est ironique, c’est qu’on a fait des documentaires similaires pour Halloween II et Lords of Salem, mais ils ne les ont toujours pas distribués. On continue de les tourner, mais les sociétés éditrices de DVD ne les sortent pas.

C’est dommage.

Je sais. Tout le monde les adore. Je vais donc en refaire un pour 31 et on verra si ça marche. Le truc, c’est que les ventes de DVD se sont effondrées à cause du téléchargement - qu’il soit légal ou pas - et les compagnies ne veulent plus payer pour des bonus. On les tourne, mais une fois qu’on leur demande de l’argent pour les monter, ils disent : « Non, on n’a plus de sous pour ça. » Et après, ils prennent la poussière sur une étagère... Avec un peu de chance, celui de Lords of Salem verra le jour, mais rien n’est moins sûr d’autant que je n’ai pas envie de revenir en arrière à chaque fois et de me battre pour les bonus d’un de mes vieux films. Je galère déjà assez à monter le suivant, donc... Si je ne me bats pas pour eux, personne ne le fera... Mais j’espère vraiment qu’on pourra faire une édition « deluxe » de 31 pour que tous ceux qui s’intéressent au cinéma puissent voir comment les choses se déroulent.

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Jean-Baptiste Herment