Viva Piñata !
05/11/2014

Viva Piñata !

La Légende de Manolo

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Déjà coutumier du fait pour avoir œuvré en tant que consultant chez Dreaworks (l'excellent Les Cinq légendes lui doit beaucoup), Guillermo Del Toro continue de dynamiter les standards du cinéma d'animation hollywoodien.

Premier long-métrage à sortir sous la bannière de Reel FX Animation Studios, La Légende de Manolo (The Book of Life en VO ; allez comprendre) impose effectivement une vision tellement singulière qu'elle finit par ressembler à une déclaration politique de la part de ses auteurs, en réponse à une standardisation de plus en plus tyrannique de l'animation. Le design du film, ouvertement inspiré du prologue de Hellboy II : Les Légions d'or maudites, semble pensé pour désarçonner le public, et l'amener à remettre en question des habitudes esthétiques qui lui ont été peu à peu imposées sur près de quinze ans. A ce titre, il est amusant que Guillermo del Toro et le réalisateur Jorge R. Gutierrez choisissent d'ouvrir leur intrigue dans une temporalité et un environnement contemporains, prenant ainsi leurs spectateurs par la main pour mieux les immerger au gré d'un long flashback dans une imagerie radicalement fantaisiste, où l'aspect lisse des images de synthèse se heurte à des héros fabriqués en bois, aux mouvements saccadés et aux articulations artificielles. C'est là, et de loin, la plus grande réussite de La Légende de Manolo : cette manière d'assumer l'improbabilité de son intrigue, sans pour autant entamer la suspension d'incrédulité du public, ni sa capacité à s'investir dans ses enjeux humains.

L'autre grande réussite de La Légende de Manolo tient à sa faculté à manier des thématiques crépusculaires avec une légèreté rafraîchissante, le film s'inscrivant en cela parfaitement dans la culture et les traditions mexicaines. Sorte de grosse piñata filmée, truffée d'accessoires, de confettis et de couleurs ultra saturées, le long-métrage appréhende l'Amour et la Mort sans fausse pudeur. Comparable dans l'idée à celui des Noces funèbres de Tim Burton et Mike Johnson, le voyage dans l'autre monde du héros se montre autrement plus imaginatif et ludique, culminant avec un dernier acte débordant de créativité. Si l'on devra passer outre une bande originale très inégale, et un rythme parfois trop agressif (une constante dans le cinéma d'animation actuel), il serait injuste de snober l'iconoclasme de La Légende de Manolo, et sa proposition artistique singulière. Le public américain ne s'en est pourtant pas privé, réservant au film un bide sans appel. Espérons que le reste du monde se montre un peu plus clément...

Alexandre Poncet