Cowa-Kaboum !
17/10/2014

Cowa-Kaboum !

Ninja Turtles

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24 ans après le triomphe surprise du film de Steve Barron, et 7 ans après une tentative de reboot en images de synthèse, Les Tortues Ninja reviennent sur grand écran sous la houlette de Platinum Dunes, la société de production du bourrin Michael Bay.

Objectivement, Ninja Turtles boucle d'ailleurs la boucle pour le réalisateur Jonathan Liebesman dont les deux précédents blockbusters, les horripilants World Invasion : Battle Los Angeles et La Colère des Titans, s'évertuaient à concurrencer sur son propre terrain le cinéma de Bay. Officiellement parrainé par l'auteur visionnaire de Bad Boys 2 et des Transformers (hum...), Liebesman a toute légitimité pour singer ici les tics de son mentor, avec des contre-plongées poseuses, des couleurs hyper saturées, une surexploitation des machines à fumée, des bruitages interchangeables et des tunnels de dialogues filmés en travellings circulaires, la caméra allant et revenant sans se soucier des besoins du montage. Sans oublier bien sûr un design global surchargé, des placements produits par centaines, une musique pompière et stéréotypée, un personnage féminin défini par ses courbes (Megan Fox dans le rôle d'April O'Neill ? Une très belle erreur de casting !), des gags scatologiques ou au ras du panier, des improvisations totalement aléatoires (desservi par un rôle accessoire, Will Arnett en est réduit à imiter Michael Keaton pendant une heure trente) et une simplification désespérante de tous les enjeux scénaristiques, quitte à infantiliser encore davantage une mythologie déjà ouvertement teenage.

Difficilement supportable et jamais crédible durant sa première heure, Les Tortues Ninja version 2014 multiplie les incohérences (d'où vient la rivalité entre Splinter et Shredder ?) et les raccourcis embarrassants (les tortues appartenaient donc à la jeune April ?). Plus grave, il saute les étapes, en réservant à ses héros des péripéties qui auraient mieux convenu à un second, voire un troisième épisode (infiltration des bad guys dans la simili-batcave, mort supposée de leur maître, etc.). En roue libre, et se passant bien de conclure la moindre de ses intrigues secondaires, le script de Josh Appelbaum, André Nemec et Evan Daugherty manque enfin d'un ton égal et constant, zappant d'un comique bas du front à de véritables scènes horrifiques, d'accents supposément opératiques à des figures antiques du cinéma d'action. C'est heureusement sur ce point que le long-métrage de Liebesman évite la catastrophe in extremis, via une demi-heure finale dont la frénésie et la créativité compenseraient presque la désastreuse exposition. Parvenant enfin à iconiser son quatuor via des prises de vue amples et lisibles, voire des plans-séquences très ambitieux soulignant la complémentarité des héros et de leurs techniques, le cinéaste parvient non seulement à mettre sur pied quelques morceaux de bravoure franchement réjouissants, mais révèle surtout la personnalité de ses fameux reptiles, soutenu par des effets visuels exceptionnels d'Industrial Light & Magic et Tippett Studio. Espérons que la séquelle déjà programmée saura transcender ces fragiles acquis pour rendre à la bande dessinée décapante de Kevin Eastman et Peter Laird l'hommage qu'elle mérite.

Alexandre Poncet