Animated Freaks
14/10/2014

Animated Freaks

Les Boxtrolls

1

Après deux années de travail ayant mobilisé une équipe de 500 personnes, la dernière production du studio Laika (Coraline, L'Etrange Pouvoir de Norman) débarque enfin, bien décidée à servir la cause d'un art dont la survie est en jeu à chaque nouveau projet.

La dévotion avec laquelle le studio Laika défend depuis sa création l'art de la Stop Motion pourrait presque passer pour un acharnement aveugle, au vu des recettes très modestes récoltées au box-office international par Les Boxtrolls. Mais comme le rappelle un gag postgénérique pour une fois extrêmement pertinent, la principale raison d'être du film n'est autre que la technique qu'il emploie, repoussée dans ses dernières limites par les ambitions démesurées des réalisateurs, producteurs, costumiers, décorateurs et animateurs de Laika.

Battant tous les records logistiques du médium, en s'arrangeant de surcroît pour qu'une bonne moitié des personnages principaux (soit plus d'une vingtaine) subisse régulièrement des déformations anatomiques presque impossibles à gérer avec des marionnettes de stop-motion classiques, Les Boxtrolls est une prouesse technique et artistique de tous les instants ; un véritable tour de magie dont la précision et le souci du détail parviennent à supplanter ceux, déjà historiques, de Coraline et L'Etrange Pouvoir de Norman. Le cœur de Travis Knight, tête pensante du studio, doit actuellement noyé de fierté et de désarroi, l'esthétique interchangeable imposée aux films d'animation actuelle ayant laissé aux Boxtrolls peu de chances de rencontrer un public large.

L'idée d'une sournoise manipulation des masses et les dangers d'une vision étroite et unilatérale du monde hantent ironiquement le long-métrage. Les réalisateurs Graham Annable et Anthony Stacchi préfèrent d'ailleurs s'éloigner peu à peu du point de vue majoritaire au point de rendre la laideur de leurs petits particulièrement attachante ; bien plus, en tout cas, que la ridicule élégance des gens du haut monde. Si l'idée n'a rien d'original (on pense souvent à Freaks, la monstrueuse parade, Edward aux mains d'argent ou Small Soldiers), elle s'accompagne d'une caractérisation très ingénieuse, jouant perpétuellement sur les questionnements moraux (voir les sidekicks du méchant, persuadés de servir le bien) et creusant les motivations réelles de tous, y compris du bad guy.

Jolie variation sur le thème de l'acceptation, le film sait manier ses idées avec une folie visuelle et des références redoutables, en particulier lors d'un climax passant d'un Steampunk décomplexé à une relecture éclair du Kaiju Eiga. Si le « monstre », dans Les Boxtrolls, n'est pas toujours une bénédiction, il a néanmoins le mérite de déplacer des montagnes, et de se donner les moyens d'accomplir des tâches impensables pour le commun des mortels. Une métaphore sur la place des artistes de Stop-Motion dans l'industrie actuelle de l'animation est d'autant plus tentante...

Alexandre Poncet