Elle dit « non, non, non, non, nooon » !
11/10/2014

Elle dit « non, non, non, non, nooon » !

Annabelle

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La préquelle de Conjuring, les dossiers Warren débarque en France après avoir fait exploser le tiroir-caisse aux États-Unis. Alors, flippante ou non la dernière création du réalisateur de Mortal Kombat : Destruction finale ? Oui, mais pas pour les bonnes raisons...

Quoi que l’on pense de Conjuring : Les Dossiers Warren, il ne faisait aucun doute que la poupée star du film de James Wan s’avérait suffisamment charismatique pour supporter l’idée d’un long-métrage entièrement dévoué. Surtout à une époque où la figure de la poupée maléfique reste assez peu exploitée au cinéma, créant un véritable vide que les fans de Douce nuit sanglante nuit 5, La Revanche de Pinocchio et autres Dead Silence (déjà signé... James Wan) espéraient voir comblé par cette préquelle elle aussi située dans les années 70. À tort, puisque le troisième long-métrage du chef-opérateur John R. Leonetti (L'Effet Papillon 2) semble ne pas faire grand cas de sa star en porcelaine, allant même jusqu’à la reléguer de manière assez regrettable au rang de figurante de luxe comme si le scénariste ne savait, en définitive, pas vraiment quoi faire d'elle.

Ni série B malsaine à la Jeu d'enfant, ni étude de caractère à la Magic (deux parangons du film de poupée tueuse), cette bande emballée avec un certain professionnalisme (en gros, c'est propre) tente de noyer le poisson en lorgnant sur quelques classiques de la possession satanique, à commencer par le Rosemary's Baby de Roman Polanski auquel elle fait souvent ouvertement songer via la dynamique d'un couple de jeunes parents au bord de l'implosion. Mais là où l’auteur de Répulsion jonglait avec maestria et ironie avec les codes d’un genre qui ne l’intéressait guère, Leonetti semble, lui, incapable de se dépêtrer des innombrables clichés, jump scares et autres emprunts très embarrassants (Les Griffes de la nuitLes Démons de la nuit et Insidious sont parfois pompés au plan près) d’un script aussi prévisible que gentiment ringard.




Un sentiment renforcé par l’interprétation grossière du duo de comédiens principaux, peu aidés, il est vrai, par une caractérisation simpliste (l’épouse parano, le mari incrédule) et des dialogues désespérement plats (un dictionnaire des synonymes n’aurait pas été de trop). Des carences que l’on aurait pu passer sous silence si Annabelle s’était montré un tant soit peu audacieux, ludique ou angoissant, mais qui, en l'état, rendent encore plus indigeste un pur produit mêlant mollement prosélytisme de bas étage et frissons bon marché. En même temps, avec le réalisateur de Mortal Kombat : Destruction finale et le scénariste des Monstres du marais aux commandes, pouvait-il vraiment en être autrement ?

Déjà particulièrement pénible, pour ne pas dire antipathique, Annabelle parvient également à renier son soi-disant progressisme lors d’un climax embarrassant où [ATTENTION SPOILER] le scénario force la brave afro-américaine de service à se suicider (un péché) afin de permettre aux deux petits héros blancs d'échapper à la mort et de mener ensuite tranquillement leur vie de WASP sans qu’ils ne ressentent pour autant le besoin de verser la moindre larme sur son cadavre. Doit-on en rajouter ?




Jean-Baptiste Herment