Dracula père et fils
08/10/2014

Dracula père et fils

Dracula Untold

3

Que reste-t-il du projet d’Alex Proyas ? Un divertissement un poil bâclé mais beaucoup moins désastreux qu’on pouvait le craindre, qui entame le Monster Universe d’Universal avec de nobles ambitions.

Le projet d’origine faisait rêver : un film épique à la Braveheart, réalisé par le surdoué Alex Proyas avec Sam Worthington dans le rôle-titre, qui aurait narré les exploits sanglants de Vlad Tepes dit Vlad l’Empaleur, ce prince roumain ayant vécu au quinzième siècle dont Bram Stoker s’inspira pour écrire Dracula, le tout intitulé Dracula : Year Zero et pourvu d’un budget conséquent. Trop conséquent pour Universal, qui le revoit à la baisse et décide d’en faire un modeste film d’horreur médiéval que le studio retitre Dracula Untold et confie à un inconnu (Gary Shore, venu de la pub), recrutant Luke Evans (remarqué en archer dans Le Hobbit : La Désolation de Smaug) pour jouer un Vlad en quête de rédemption qui ne devient vampire que pour sauver son peuple et sa famille des griffes de l’envahisseur turc, qui compte recruter son fils pour en faire un janissaire, ces soldats entraînés dès l’enfance pour former le corps d’élite du sultan.

Dès lors, Vlad décide que « le peuple n’a pas toujours besoin d’un héros, mais parfois d’un monstre », ce qui lui permet de décimer à lui seul des troupes entières et de faire fondre sur l’ennemi des nuées de chauves-souris, tout en essayant de ne pas succomber à la soif de sang qui le ronge et qui met en danger son épouse bien-aimée. Bref, l’histoire conte les origines d’un super-héros tenté par le côté obscur de la Force, angle qui s’inscrit dans la logique de la nouvelle franchise d’Universal, destinée à concurrencer Marvel et DC à l’aide des monstres qui ont fait sa gloire (un reboot de La Momie est déjà en préproduction). 



Le problème de Dracula Untold n’est donc pas tant son ambition, somme toute très louable, que son exécution. La faute à une narration affreusement mécanique qui fait ressembler le film à une saison entière de Game of Thrones (sans sexe et avec moins de sang, un comble) concentrée en 1h25 sans le générique, la présence de Charles Dance (formidable en vieux vampire) et de Ramin Djawadi à la musique n’étant sûrement pas dûe au hasard.

Pourtant, malgré le PG-13 et le manque d’épaisseur des seconds rôles (dont Dominic Cooper en méchant turc, fallait oser), la mise en scène sait parfois se montrer lyrique (notamment dans une très belle scène impliquant la perte d’un être cher), les batailles ne manquent pas d’une certaine allure et si l’aspect horrifique réside plus dans la menace que dans la violence, celle-ci est gérée de très belle manière (la rencontre dans la caverne, le face-à-face de Dracula avec ses sbires). On est donc loin de la médiocrité d’I, Frankenstein, la seule référence assumée étant celle du Dracula de Coppola (la scène finale est à ce titre joliment pensée), même si Luke Evans, au demeurant très impliqué dans son rôle, ne possède en rien le magnétisme canidé de Gary Oldman. Dracula Untold est donc un spectacle très imparfait, mais loin d’être honteux. On n’en espérait pas tant à vrai dire...
Cédric Delelée