6-Pack of Bricks
09/02/2017

6-Pack of Bricks

Lego Batman, Le Film

37

Gros succès au box-office, La Grande Aventure Lego ne pouvait rester longtemps sans succession. Warner, DC et les animateurs australiens d'Animal Logic rempilent donc des milliers de briques virtuelles pour célébrer leur icône la plus populaire : le Dark Knight en personne.

Derrière sa façade de publicité projetée sur écran géant, La Grande Aventure Lego avait su dynamiter de l'intérieur son argument de vente, au profit d'un plaidoyer vibrant pour une imagination libérée et, surtout, déstandardisée. Tourné en live-action, le dernier acte éclairait l'œuvre sous un angle très intime, prouvant si besoin était l'intelligence du duo Chris Lord / Phil Miller. Les duettistes du fantastique Tempête de boulettes géantes, satire de la surconsommation portée par un timing comique renversant, n'occupent plus hélas que des postes de producteurs sur Lego Batman, Le Film. Et pour cause : Lucasfilm vient de leur confier un spin-off de Star Wars entièrement consacré au personange de Han Solo. Si leur patte esthétique a survécu (animation digitale simulant la Stop-Motion, jeux de texture rappelant constamment le plastique des briques de Lego, narration survitaminée et cinémascope très dense), le long-métrage perd en universalité. On devine bien derrière certains choix (bruitages des lasers réalisés à la bouche, saccades d'animation parfois abruptes, notamment lorsque les véhicules se métamorphosent) une seconde lecture tout droit héritée du final de La Grande Aventure Lego, voulant que toute cette intrigue sorte de l'imaginaire d'un enfant. Ces allusions n'ont toutefois pas la même portée émotionnelle que dans l'original, et servent au contraire un discours méta à destination exclusive des geeks.

Ne volant donc pas très haut d'un point de vue thématique, Lego Batman, Le Film a néanmoins le mérite d'embrasser l'évolution du personnage au fil des 79 dernières années, en multipliant clins d'œil et hommages à la vitesse du son. Le studio Warner sort bien sûr gagnant de l'opération, et en profite pour citer d'autres franchises maison, de Gremlins à Harry Potter en passant par Le Magicien d'Oz (dont ils ont racheté les droits en 2011), Le Seigneur des anneaux, King Kong et Le Choc des Titans (notons au passage une déclaration d'amour sincère de la part des animateurs au Kraken de Ray Harryhausen, qui affrontera lors du climax l'Œil de Sauron !). S'il semble résulter d'une opération de com' hautement stratégique (la Major n'a-t-elle pas récemment annoncé la production d'un Gremlins 3, et de futures suites de Harry Potter ?), ce recyclage de catalogue nourrit tout de même des morceaux de bravoure solidement chorégraphiés par Chris McKay, pilier de l'excellente série de Stop-Motion Robot Chicken. Dans ses meilleurs moments, Lego Batman, Le Film retrouve d'ailleurs le sens du rythme et la verve insolente de ce bijou du petit écran ; il est juste dommage que son script un peu convenu, et semble-t-il lissé par une écriture à dix mains (dont celles de Seth Grahame-Smith, auteur des livres Abraham Lincoln : chasseur de vampires, Orgueil et préjugés et zombies, et du script de Beetlejuice 2), ne lui permette pas de dépasser son statut de très sympathique divertissement.

Alexandre Poncet