Graine de star
15/10/2007

Graine de star

Stardust : Le mystère de l'étoile

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«La vraie raison de mon départ de X-Men : l'affrontement final est qu’on ne m’a pas donné le temps de tourner le film que j’avais en tête. J’avais une vision très précise de ce que ce troisième opus devait être, et je tenais à ce qu’il soit au moins aussi bon que X-men 2. Vu les conditions de production, c’était tout simplement impossible. Je me suis rendu compte que je courrais à la catastrophe. Ca a été une décision difficile de tirer ma révérence, d’autant plus que le projet était une opportunité énorme, mais vu que j’essayais de lancer ma carrière de réalisateur, je ne voulais pas qu’on parle de moi comme "le type qui a réalisé un mauvais film X-Men"». Dans les livres d’histoire, ce type restera à jamais Brett Ratner et Matthew Vaughn, ex-producteur (Arnaque, Crime et botanique, Snatch) passé à la réalisation avec Layer Cake, peut dormir tranquille. Non seulement sa carrière s’apprête à prendre une tournure gargantuesque avec sa prochaine adaptation de Thor (300 millions de dollars de budget et potentiellement deux films)*, mais cet artisan de l’ombre nous livre aujourd’hui l’une des plus belles fresques fantastiques des années 2000.

Vendu comme un énième challenger du Seigneur des Anneaux, Stardust aurait tout à fait pu s’enfermer dans le carcan d’exploitation pécuniaire de Narnia et Eragon, synonyme de pauvreté créative et de ratissage dans les grandes largeurs. Les apparences sont parfois trompeuses et ce conte moderne, jouant constamment de ses références sans jamais abandonner se lecture au premier degré, a de quoi faire fondre en larmes les amateurs de fantasy. Adapté d’un roman graphique de Neil Gaiman, nouveau trublion de l’imaginaire littéraire, Stardust concrétise sur la toile à peu près tout ce dont le conte de fée se nourrit depuis sa création : pays imaginaire, roi en manque d’héritier honnête, maléfices en tous genres, sorcières malintentionnées, princes transformés en grenouille (ou en gerbille, selon l’humeur)…

Le pitch appelle à vrai dire d’emblée à la suspension d’incrédulité la plus totale : témoin de la chute d’une étoile au-delà d’une muraille que nul n’est autorisé à franchir, un jeune prétendant promet à sa bien-aimée de la lui ramener sous sept jours. Il est bien sûr loin de se douter que plusieurs factions adverses (des sorcières en quête d’immortalité, des princes avides de pouvoir) vont se disputer l’entité céleste et déchainer les éléments autour de lui. Naïf, concis et efficace, donc en parfait accord avec la tradition narrative des frères Grimm, le point de départ de Stardust aurait pu s’annihiler lui-même si Matthew Vaughn s’était accroché à un timide recul par rapport aux évènements décrits. C’est bien là ce qui fait la force première du métrage : croyant dur comme fer à son intrigue, le cinéaste prend un plaisir visible à multiplier les morceaux de bravoure (dont un combat à l’épée inédit lors du final), à exploiter jusqu’à la dernière once des concepts de funambule (la scène où l’étoile déclare sa flamme au héros transformé en hamster est réellement touchante ! What the %&@ ?!) ou à sublimer le moindre accessoire (le bateau volant de Robert de Niro est filmé avec la même fascination enfantine que le Faucon Millenium dans L’Empire contre-attaque, c’est vous dire !). L’ensemble, qu’une mise en scène d’une fluidité perpétuelle rend incroyablement homogène, est un émerveillement appelé à rejoindre Princess Bride, Legend et Le Labyrinthe de Pan au panthéon des grands contes de fées cinématographiques. Difficile après cela de ne pas fantasmer ce qu’aurait pu être le dernier X-Men


* Depuis la direction de Thor a été attribué à Kenneth Branagh (NDLR)

Alexandre Poncet