Cowatastrophe
29/06/2016

Cowatastrophe

Ninja Turtles 2

17

Alors qu'il avouait durant les nineties n'avoir d'yeux que pour le cinéma d'action, Michael Bay semble aujourd'hui apprécier son confort dans la science-fiction, bien installé sur un tapis de dollars amassé par ses quatre Transformers. En attendant d'attaquer le cinquième, l'auteur visionnaire a pris le temps de superviser ce second Ninja Turtles coproduit par la firme Alibaba, concurrent chinois d'Amazon.

Perturbée par une communication délicate et des plaintes de fans particulièrement sonores, la production du premier Ninja Turtles avait fini par nourrir un long-métrage hybride, aux enjeux dramatiques inadéquats pour un épisode pilote et au révisionnisme totalement absurde (cf. les origines incohérentes des tortues, ou la simplification scandaleuse du personnage de Splinter). Passée une heure et quart de vannes en-dessous de la ceinture et d'effets clippesques sortis du premier Transformers, le film relevait le niveau de justesse avec un climax divertissant, faute d'être novateur. L'époque étant au fan service le plus transparent (Jurassic World et Star Wars : Episode VII - Le Réveil de la Force ont dépassé grâce à cette démarche le milliard et demi de dollars de recettes), Ninja Turtles 2 joue la carte du rétropédalage, en essayant de se réapproprier l'esthétique eighties que le précédent opus avait tout fait pour enterrer. Racolant constamment auprès du geek, cette séquelle ne sait pas, à l'évidence, où elle compte se diriger, enchaînant sans aucune logique les blagues infantiles et les accès de misogynie inhérents au cinéma de Bay. Que dire également de la caractérisation, sinon qu'elle s'acharne à labelliser ses personnages en usant des plus bas dénominateurs communs : des arrêts sur image présentent ainsi chaque tortue à tour de rôle durant l'introduction, via une expression facilement consommable, comme "Raphaël le rebelle" ou "Mikey le bogoss". On aura tout vu.

Le simple fait que les auteurs se sentent obligés de présenter une seconde fois nos héros à mi-parcours (et d'une manière encore plus lourde, Mikey décrivant ses frangins sous des faux rires tirés dignes du Juste Prix) prouve à quel point le projet cible la mémoire à court terme du spectateur. N'attendez pas de trouver ici une quelconque vision globale : comme scénarisé par ses crétinoïdes nouveaux bad guys (le cerveau Krang et son hôte robotique, le sanglier Bebop, le rhino Rocksteady, ou encore le scientifique benêt interprété par Tyler Perry), Ninja Turtles 2 enquille sans but gags et péripéties diverses, avec une peur du vide confinant à la paranoïa. Souffrant d'une absence de point de vue due à l'omniprésence de Bay en coulisses (la photo, les cadrage, le mixage, le production design et l'approche des effets visuels sont identiques en tout point à ceux des Transformers), le long-métrage se paie même le luxe de survoler ses nombreux morceaux de bravoure, y compris une poursuite amusante à bord du van des tortues, ou un crash d'avion cargo tout de même parcouru d'idées réjouissantes. On aurait préféré s'attarder sur ce type d'action intrépide et relativement originale, plutôt que de devoir se coltiner en guise de climax une énième invasion interdimensionnelle en milieu urbain ; à plus forte raison quand le McGuffin tant attendu, le fameux Technodrome n'a même pas le droit à un seul plan large. "Vous le verrez dans le troisième épisode", semble nous hurler Michael Bay, prouvant que les franchises actuelles produisent moins des films que de vulgaires teasers. A ce rythme, ils pourront bientôt être diffusés directement sur la page d'ouverture d'Alibaba...

Alexandre Poncet