Navire sans capitaine
01/06/2016

Navire sans capitaine

Alice de l'autre côté du miroir

5

Échec au box-office US, le retour d'Alice est un peu plus convaincant que chez Tim Burton malgré une mise en scène trop anonyme et peu inspirée.

Compte tenu de la médiocrité d'Alice au pays des merveilles (pour rester poli), c'est peu dire qu'on attendait Alice de l'autre côté du miroir avec une certaine appréhension. Tim Burton restant producteur, qu'un nouveau réalisateur soit à la barre (James Bobin, Les Muppets : Le Retour) ne changeait pas grand-chose à l'affaire. Pourtant, les premières images du film ont tendance à rassurer : nous retrouvons Alice, devenue capitaine du navire de feu son père, en pleine bataille navale. Un ravissement de courte durée puisque cette scène de swashbuckler est tuée dans l'oeuf par une mise en scène terriblement étriquée que peine à faire décoller la partition très mécanique de Danny Elfman. Relevée de son commandement par son armateur, la jeune fille se retrouve vite au Pays des Merveilles, où la Reine Blanche (Anne Hathaway) et sa cour lui expliquent qu'elle est la seule à pouvoir aider son ami le Chapelier Fou (Johnny Depp) : persuadé que sa famille est toujours en vie quelque part, il a sombré dans la dépression. Alice va devoir effectuer un voyage dans le passé pour la retrouver et voler la Chronosphère au Temps lui-même (Sacha Baron Cohen), qui a fait alliance avec la maléfique Reine Rouge (Helena Bonham Carter). Même si l'univers reste identique à celui du premier opus, on se rend compte rapidement que quelque chose a changé. Et pour cause : la direction artistique et les effets spéciaux ne sont plus assurés par la même équipe, celle du Burton ayant cédé la place au production designer de la trilogie du Hobbit et au superviseur SFX de Ridley Scott. Visuellement, on se situe donc un cran au-dessus d'Alice au pays des merveilles même si, encore une fois, la réalisation n'est pas à la hauteur des ambitions esthétiques art-déco/steampunk du spectacle. Qui plus est, en dépit d'une intrigue un peu plus solide que celle du film précédent, ce qui se déroule dans le monde réel est nettement plus intéressant que ce qui se passe dans l'imagination d'Alice, en partie parce que l'aveu d'échec inhérent au propos du Burton (il faut sacrifier ses rêves pour l'argent) est oublié au profit d'un discours prônant l'esprit d'aventure, l'indépendance et les liens du sang. Alice de l'autre côté du miroir est donc indéniablement plus réussi que son aîné, mais le manque d'inspiration de sa mise en scène l'empêche malheureusement de prétendre à être autre chose qu'une suite aussi honorable que peu mémorable.

Cédric Delelée