INTRADA, le label plaqué or
11/10/2007

INTRADA, le label plaqué or

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Créé à San Francisco en 1985, le label Intrada, spécialisé dans l’édition de musiques de films, est riche d’un catalogue de près de 300 titres et d’une politique de réédition axée sur les classiques les plus rares. Entretien avec son patron Douglass Fake, un passionné intègre et providentiel.

MM : Quels sont les projets dont vous êtes le plus fier ?
Pas facile de répondre à cette question. Peut-être d’avoir commencé en sortant Red Dawn : c’est un film de studio, la musique a été enregistrée aux USA… Il n’était pas question de démarrer avec un petit score au synthé, là il s’agissait d’une grosse partition symphonique ! Je suis également très heureux d’avoir été le premier à sortir en cd The Wind and the Lion, First Blood et Silverado. Je mettrais également Rambo III dans mon palmarès, le réenregistrement de Jason and the Argonauts… Mais le plus gratifiant a sans doute été de pouvoir éditer Amazing Stories, composé par des noms aussi prestigieux que John Williams, James Horner, Jerry Goldsmith, Danny Elfman, Alan Silvestri, Michael Kamen, Bruce Broughton, etc.


MM : Internet a changé beaucoup de choses dans le marché de l’édition de musique de film…
Oui, et en bien ! Ca permet à des labels comme le nôtre d’atteindre nos acheteurs sans passer par des distributeurs, des grossistes ou des magasins qui ne paient pas leurs factures !


MM : Y a-t-il une vraie concurrence avec les autres labels, ou travaillez-vous main dans la main ?
Il y a ce que j’appellerais une rivalité fraternelle. Parfois, ça se passe un peu moins bien, notamment quand on veut tous sortir le même titre. Il y a des individus, dans le milieu, pour qui je n’ai pas la moindre estime, mais en général j’ai du respect pour ce que font nos concurrents et pour leur amour de la musique de film.


MM : Quels titres avez-vous le mieux vendu depuis la création d’Intrada ?
Tombstone et Silverado sont des best-sellers, et ils continuent à partir. Le Seigneur des anneaux de Leonard Rosenman a eu lui aussi beaucoup de succès. Et tout récemment 2000 exemplaires de notre réédition de The Wind and the Lion étaient déjà vendus 48 heures après sa sortie. Celle d’Inchon s’est également épuisée en quelques jours, ce qui nous a d’ailleurs pris au dépourvu : on ne s’attendait pas à une telle ruée !


MM : Vous avez déjà été déçu par les ventes de certains titres ?
Pas mal de nos albums sont destinés à quelque chose comme 1000 collectionneurs, pas plus. Avec d’aussi petites quantités, les ventes ne sont jamais réellement décevantes. Il y a bien eu Bones : on a cru que ça intéresserait les fans de films d’horreur, mais on s’est vraiment plantés sur ce coup-là. Et on pensait que la musique du jeu Heart of Darkness, qui est quand même un gros score symphonique de Broughton, aurait plus de succès, mais tout le monde a eu l’air de s’en foutre ! De toute façon, il est impossible de prédire ce qui marchera ou pas.


MM : Sur quels critères choisissez-vous vos projets ?
Il faut qu’ils soient disponibles, qu’ils puissent se vendre, que le studio accepte de nous en céder les droits, que les masters soient en bon état… Autant d’éléments pas forcément évidents à rassembler. Mais nous travaillons d’arrache-pied en ayant pour objectif d’offrir des produits de qualité. C’est sans doute pour ça qu’on est encore là après tant d’années alors que nous visons un public très limité. Il faut croire qu’on eu de la chance !


MM : Comment jugez-vous la situation de la musique de film à Hollywood ?
Catastrophique. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’être un bon compositeur pour trouver du travail, il suffit d’avoir un ordinateur et le tour est joué. Comme en plus, tous les films se ressemblent, les musiques deviennent interchangeables. A part John Williams, James Horner et peut-être Howard Shore, les rares compositeurs talentueux encore en activité sont largement sous-employés.


MM : Pourquoi privilégier les tirages limités ?
Tout simplement parce que le marché est tenu par de gros labels qui dépendent des studios et bénéficient d’une large distribution. On s’y est frottés à l’occasion, mais nous n’étions pas à l’aise dans cet environnement. En outre, il y a tellement de musiques de films qui sortent qu’il faut prendre en compte le fait que les gens n’ont pas forcément les moyens de tout acheter. Nous préférons proposer deux ou trois nouveaux titres chaque mois, c’est largement suffisant.


MM : Quels sont les scores que vous avez vraiment aimé ces derniers mois ?
Je vais être honnête avec vous : il y en a eu très peu récemment. Ce qui se fait actuellement ne m’enthousiasme guère. J’aime beaucoup Troy, mais ça date déjà un peu… Sinon, j’écoute souvent War of the Worlds et Munich. Mais hormis Horner et Williams, il n’y a pas beaucoup de compositeurs qui m’intéressent aujourd’hui.


MM : Vous avez quelques gros projets en route ?
Je ne peux pas répondre à cette question de manière précise, parce qu’on est jamais sûrs de rien, mais…Disons qu’on cache notre jeu et qu’il y a des choses sensationnelles en projet !



Remerciements : Douglass Fake et Roger Feigelson.

 

Cédric Delelée