Very Bad Kevin
19/05/2016

Very Bad Kevin

Criminal : Un Espion dans la tête

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Construit tout entier autour de la personnalité de Kevin Costner, Criminal : Un Espion dans la tête ressemble dangereusement à un actioner bourrin d'Olivier Megaton mais permet à l'acteur de livrer une prestation incroyable.

Avec Criminal : Un Espion dans la tête, le réalisateur Ariel Vromen (The Iceman) signe un film qui repose sur un double concept : raconter l'éveil à l'humanité d'un sociopathe nommé Jericho à qui on implante la mémoire et le savoir-faire d'un agent de la CIA tué lors d'une mission (Ryan Reynolds) et faire de Kevin Costner un bad guy sans foi ni loi, en introduisant son personnage dans une scène qui détourne joliment sa première apparition en jeune chien fou dans Silverado il y a 30 ans. Déjà tentée avec plus ou moins de bonheur dans Mr. Brooks, l'idée est ici poussée à son paroxysme : le beau Kevin passe son temps à faire la gueule, à grogner comme un ours, à coller des raclées à tous ceux qu'il croise et à flinguer tout ce qui bouge. Jouant sur son image de cow-boy taciturne, l'acteur livre l'une des performances les plus exceptionnelles de sa carrière dans la peau de cette créature de Frankenstein dont le coeur se remet à battre au contact d'une petite fille qui lui demande de l'accompagner au piano. La scène est très belle : c'est malheureusement l'une des rares qui tienne la route, tant le reste du film ressemble à une relecture de la saga Jason Bourne par EuropaCorp en mode Taken, pas aidée par une exploitation assez désastreuse du décor londonien, des dialogues aussi bourrins que l'action elle-même et le jeu calamiteux des seconds rôles (Gary Oldman éructe très fort, Tommy Lee Jones fait acte de présence sans trop y penser, Gal Gadot renifle parce qu'elle est triste et le terroriste que traque Jericho est aussi menaçant qu'un caniche nain). Résultat des courses, malgré un rythme aussi soutenu que redondant, le film ressemble à un DTV bas de gamme d'où Costner est le seul à sortir indemne avec une dignité qui force l'admiration. On réservera donc la chose aux fans du plus classe des acteurs hollywoodiens, en attendant qu'il repasse derrière la caméra pour son western épique Beyond Horizon.

Cédric Delelée