Incident in a Ghost Land : Pascal Laugier parle !
03/05/2016

Incident in a Ghost Land : Pascal Laugier parle !

Pascal Laugier

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À quelques semaines de son départ pour le Canada, où il tournera Incident in a Ghost Land, Pascal Laugier, peut-être le seul « auteur » dont la France dispose en matière de « genre » (on pourrait presque élargir le spectre à l'Europe entière...), nous dévoile quelques-unes de ses intentions... et affole instantanément notre curiosité : « Je crois que c’est mon projet le plus ancré dans le genre... » prévient le réalisateur de Martyrs et The Secret. « Un film qui ne s’excuse jamais d’être un film d’épouvante et finalement assez inspiré par le versant dark horror de Stephen King, la part « noire » de son oeuvre. King, auteur intimement lié à mon adolescence et qui est « revenu » très fort en moi ces dernières années. Peut-être parce qu’il ne s’est lui-même jamais excusé d’être ce qu’il était ! Je me retrouve avec un récit situé dans une Amérique rurale aussi faussement bucolique que son Maine à lui… Et avec l’isolement de trois personnages venus de la ville (Mylène Farmer dans le rôle d’une mère, Crystal Reed et Anastasia Philips dans le rôle de ses filles) qui investissent une maison perdue au milieu des bois, vont faire une très mauvaise rencontre et subir une violente agression. Quinze ans plus tard, réunis sur les lieux du traumatisme, les trois personnages se confrontent au passé, chacun à sa façon… Et les choses tournent mal. La menace qu’on croyait vaincue a peut-être survécu… À moins que tout cela ne soit qu’un délire collectif, l’histoire d’une dysfonction morbide entre une mère et ses enfants… Des archétypes situés entre un fantastique féminin personnel, cher à mon coeur, et celui, beaucoup plus frontal, des années 80… Quelque part entre le film de fantôme, le film de home invasion et de boogeyman. Le tout structuré par un scénario qui rend les choses, enfin je l’espère, extrêmement surprenantes… Parce que c’est avant tout une énigme, un film très narratif, mais sans la dimension « théorique » qui caractérisait mes deux derniers essais. »

Une donnée qui promet un résultat très straight, évidemment loin des films-commentaires et/ou post-modernes que Pascal Laugier vomit. Une approche franche donc – quasi puriste – qu'on ne retrouve presque plus aujourd'hui... « J’ai écrit le scénario assez vite, l'été dernier, à partir d’une idée qui a surgi sans prévenir et qui correspondait à une envie très forte que j’avais de faire un film qui ne chercherait jamais à s’amender de ce que j’aime le plus au cinéma. Si on atteint notre but, le résultat devrait être vraiment… effrayant. » Une sacrée promesse qui pourrait être largement respectée si l'on considère le « confort » dont dispose le réalisateur pour son quatrième long-métrage. « C’est une co-production franco-américaine, tournée en langue anglaise, qui me laisse une liberté absolue. Pas d’executives dans mon dos pour me dire comment tourner, personne en salle de montage pour rendre le projet plus consensuel. Un rêve de metteur en scène. »

Mais l'information qui a récemment ouvert les portes de l'enfer du buzz, c'est bien sûr la présence au casting de la « créature » culte Mylène Farmer, pour laquelle Pascal Laugier a récemment tourné le clip City of Love. « Mylène Farmer, c’est un choix de coeur. Il se trouve qu’on a fait un clip ensemble et que la rencontre a été une évidence. Un clip, c’était trop court, il fallait que ça se poursuive… Comment dire ? Je l’aime beaucoup. Cette fille a quand même réussi à imposer toute une imagerie du bizarre et du fantastique dans un pays précisément réfractaire à ça, et à le faire à une échelle incroyablement populaire. Quel jeune cinéaste français de genre peut en dire autant ? Alors, quand elle m’a appelé pour me proposer de travailler avec elle sur son nouveau clip, je n’ai pas caché mon bonheur. Surtout que ce genre de rencontre arrive très peu dans un métier surtout fait de petits négoces et d’intérêts bien sentis. Du coup, ça rend le projet encore plus particulier, avec une prise de risque qui correspond à la nature même du film. Et puis, je suis heureux et un plutôt fier de filmer un visage qui n’a pas été exposé sur grand écran depuis plus de vingt ans. C’est une tentation irrésistible pour un metteur en scène… La voir accompagnée de Crystal Reed, égérie des adolescents d’aujourd’hui et dont la beauté très « italienne » pourrait s’inscrire dans l’âge d’or du cinéma d’Argento, voilà qui me rend plutôt… impatient d’y aller. » Et nous avec. 

 

Fausto Fasulo

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