Living dead man
01/10/2007

Living dead man

Halloween

2

Il y avait de quoi frémir d’impatience : après avoir rendu un hommage explosif au cinoche des seventies avec The Devil’s Rejects, Rob Zombie décidait de s’attaquer au remake du chef-d’œuvre révolutionnaire de John Carpenter. A l’arrivée, force est d’admettre qu’on en attendait sans doute trop en occultant le fait qu’il s’agissait d’un pur produit marketing destiné à relancer une franchise lucrative, Batman Begins ayant convaincu Hollywood qu’il était possible de redorer des icônes de la pop-culture de manière adulte.

Rob Zombie tente donc de dresser un portrait épique de Michael Myers, en divisant son film en trois actes. Les deux premiers, qui retracent la jeunesse et l’internement du personnage, sont remarquables, le cinéaste n’hésitant pas à en faire la victime d’une société corrompue engendrant des monstres à visage humain, dont les seuls rayons de soleil sont l’image maternelle douce et protectrice incarnée de façon bouleversante par Sheri Moon Zombie et celle du docteur Loomis, substitut paternel campé avec justesse par Malcolm McDowell. Malgré leur courage et leurs efforts, le Mal l’emporte. Une fois cela acquis, tout est en place pour l’acte III, qui tente vainement, en cinquante minutes, de refaire tout le film de Carpenter. La caractérisation des personnages en prend un coup : impossible de s’attacher à Laurie Strode, qui n’est plus qu’une ado insupportable surgie des pires séries télé. Plus question d’instaurer une quelconque atmosphère : dans l’original, Myers était une ombre spectrale engloutissant la ville tel le brouillard de Fog. Ici, ce n’est qu’un pauvre taré qui se promène en plein jour dans les rues et qui ne fait même plus peur, provoquant les rires des adolescentes qui le croisent. D’emblème de la terreur, Myers devient un paumé pathétique. Le film a beau le montrer s’énerver par la suite, rien n’y fait : la légende n’est plus, et on a dès lors la désagréable impression de se retrouver dans l’un de ces slashers débiles que Zombie entendait surpasser. Même la musique de Tyler Bates, qui reprend un peu n’importe comment les thèmes de Carpenter, sonne faux : John Ottman avait accompli un bien meilleur travail d’adaptation sur H20.

Que s’est-il passé ? La version «workprint» du film, qui circule sur le web, apporte sans doute des éléments de réponse. Car Zombie a beau clamer qu’il approuve à 100% le remontage effectué par la production (il a même tourné des scènes additionnelles à la demande des Weinstein), on ne peut s’empêcher de penser qu’il ne le fait que de manière contractuelle (Zombie a signé avec Dimension pour deux nouveaux films). En effet, le «workprint», très proche dans l’esprit de The Devil’s Rejects, est magnifique : plus glauque mais avec moins de meurtres, plus cohérent dans sa narration, et sanctifié par une fin radicalement différente qui, elle, ne renie pas la note d’intention du film, contrairement à la version vue en salles. Reste qu’en l’état actuel, ce Halloween 2007 n’a rien de honteux, aussi hybride soit-il. Rob Zombie sait manier la caméra, son style «Peckinpah meets MTV» est toujours aussi puissant, et le film regorge d’images très fortes. On est toutefois en droit de préférer les relectures de Massacre à la tronçonneuse à cet hommage sincère mais maladroit.

Cédric Delelée