Winter is Coming
22/04/2016

Winter is Coming

Le Chasseur et la Reine des Glaces

35

À la fois préquelle et suite du très estimable Blanche-Neige et le Chasseur, Le Chasseur et la Reine des Glaces est une réussite éclatante qui, en plus de ressusciter la fantasy d'aventure à la Willow et les tableaux de maître de Legend, révèle un cinéaste français prometteur.

« Ton histoire a dû rendre humides les yeux de bien des jeunes filles. Et pas que les yeux. », lance une belle archère au héros de l'histoire qui nous est ici contée. Cette réplique donne une idée assez précise du caractère assez singulier du Chasseur et la Reine des Glaces, ce produit a priori familial qui s'ouvre avec un bébé brûlé vif dans son berceau. On l'aura compris, Game of Thrones est passé par là (on a même droit à une sensuelle étreinte en pleine nature) et c'est tant mieux, puisque cela autorise du même coup un traitement plus en phase avec cette cruauté inhérente aux contes de fées mais qui fait le plus souvent défaut à leurs adaptations hollywoodiennes. Pas question cependant de faire du Chasseur un film pour adultes porté sur le sexe et la violence, ni de céder à la tendance du « dark is better » : le spectacle s'écarte quelque peu de l'esprit un peu trop Seigneur des anneaux du premier opus pour évoquer les souvenirs de Willow (pour le vent d'aventure romantique qui souffle sur le récit) et de Legend (pour la beauté plastique assez renversante des images), l'absence de Blanche-Neige lui étant par ailleurs bénéfique puisque cela permet de se concentrer sur des figures secondaires beaucoup plus intéressantes que la princesse aux sept nains (d'ailleurs, on n'en compte plus que quatre, dont deux naines).

L'histoire débute donc avant le film précédent et nous montre comment Freya (Emily Blunt, parfaite de douleur rentrée), la petite sœur de la méchante Ravenna (Charlize Theron) est devenue la Reine des Glaces. Recluse dans son royaume, elle entraîne des enfants enlevés à leurs familles pour qu'ils deviennent de redoutables guerriers à qui il est interdit d'aimer. En grandissant, l'un d'entre eux, Eric, devient Chris Hemsworth, tandis que l'une de ses camarades d'infortune, Sara, devient Jessica Chastain, ce qui les attire immanquablement l'un vers l'autre et a tôt fait de condamner le jeune homme à la peine capitale. Ses bourreaux le laissent pour mort mais, comme on le sait, il en réchappe, le récit faisant alors un bond dans le futur pour nous emmener après les événements relatés dans Blanche-Neige et le chasseur, alors que le roi vient s'enquérir du Chasseur pour l'informer que Blanche-Neige le charge d'une mission d'importance. « Et elle est où, Blanche-Neige ? », demande Eric. « Elle est souffrante », lui rétorque-t-on. « Ah, bon », répond le Chasseur avant de partir en vadrouille sans se poser trop de questions, flanqué d'une paire de sbires de petite taille. Seulement voilà : chemin faisant, il va croiser la route d'une vieille connaissance qui prétend s'être évadée de prison et qui lui en veut à mort de l'avoir abandonnée à son triste sort. L'occasion de ponctuer leur odyssée par des échanges badins qui, au lieu de ralentir l'action, permettent de respirer agréablement entre des combats faisant preuve d'une belle ardeur en plus de rendre particulièrement drôles et touchants les efforts désespérés du héros pour reconquérir la femme qu'il n'a jamais cessé d'aimer et en qui il place un peu trop aveuglément sa confiance. Mais la réussite du film tient surtout à une conjonction miraculeuse : celle de Chris Hemsworth, qui nous fait croire en l'espace d'un sourire et d'une réplique bien sentie à son personnage de mercenaire au cœur pur, de la musique enflammée du grand James Newton Howard et surtout de la mise en scène sacrément racée du français Cedric Nicolas-Troyan, réalisateur de seconde équipe et responsable des effets visuels sur Blanche-Neige et le chasseur : la scène où Eric gravit un à-pic rocheux fouetté par les vents enneigés pour bondir sur les toits d'un château restera parmi les plus mémorables du Chasseur et la Reine des Glaces, dont chaque instant est un bonheur et qui augure du meilleur pour le remake de Highlander confié au cinéaste, dans lequel on ne serait d'ailleurs pas surpris de retrouver Chris Hemsworth en Connor McLeod !

Cédric Delelée