Irlande of the Dead
04/04/2016

Irlande of the Dead

Le Sanctuaire

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Un temps pressenti pour se charger du remake de The Crow, l'irlandais Corin Hardy signe avec Le Sanctuaire un film de monstres riche en métaphores et en visions infernales.

Employé par une entreprise d'exploitation forestière, Adam (Joseph Mawle) quitte l'Angleterre avec femme (Bojana Novakovic) et enfant pour aller étudier un mal mystérieux qui touche les arbres d'une forêt irlandaise. Installé dans une maison isolée près des bois, le couple est froidement accueilli par le voisinage, qui lui conseille très fermement de quitter les lieux et de ne pas s'aventurer dans la forêt, réputée maudite. Pas découragé par ce qu'il croit être une superstition locale, Adam fait la sourde oreille et poursuit ses recherches. L'enlèvement de son bébé va plonger la famille dans un cauchemar surgi du fond des âges... Parmi ses influences, Corin Hardy cite Les Chiens de paille, The Thing, Le Loup-garou de Londres et The Descent : si elles sont évidentes (tout en restant parfaitement digérées) à travers le caractère pacifique puis violent d'Adam, les doutes soulevés quant à l'identité d'un personnage-clef, le décor et son bestiaire, on se permettra d'y ajouter le sous-estimé La Nurse de William Friedkin, les films de la Hammer et la littérature lovecraftienne. De nobles références pour une histoire d'épouvante pure et dure qui, plus qu'un discours écolo, délivre une métaphore discrète mais puissante de la colonisation de l'Irlande par les anglais et du combat mené par les forces ancestrales et païennes du pays face à cet envahisseur. Ainsi, la menace à laquelle doit faire face Adam n'est pas seulement extérieure : elle s'introduit au sein même de sa cellule familiale, jusqu'à le faire douter de ce qu'il voit et des actes qu'elle le pousse à commettre. Ancré dans une atmosphère de cauchemar sylvestre qui gagne en intensité au fil du récit, le film devient alors sacrément éprouvant, gagné par une noirceur qui augure d'une conclusion aussi terrifiante que les créatures qui hantent les bois. Malheureusement, il regagne les sentiers battus dans un final bien trop timide qui freine la spirale horrifique et semble esquiver la transgression par peur d'aller trop loin, là où un peu plus de jusqu'au-boutisme aurait pu élever Le Sanctuaire au rang de vraie pépite du genre. Sa modestie, son ambiance étouffante et le soin apporté à sa réalisation en font cependant une œuvre tout à fait recommandable qui mérite amplement sa diffusion en salles.


Cédric Delelée