Voisin, voisine
30/08/2007

Voisin, voisine

Paranoïak

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Succès surprise au box-office US, Disturbia se transforme chez nous en Paranoïak, titre volontairement calibré djeuns histoire de rameuter les teens perdus dans les multiplex criblés de séries B aux titres aussi cinglants que volontairement obscurs (Motel, Captivity…).

D.J. Caruso n’est pas Kubrick, mais en tout en cas, il a le nez creux. Cet habitué aux thrillers prétentieux et mal branlés (Salton Sea, Taking Lives : Destins violés) n’a pas raté le coche avec Paranoiak, qui a galvanisé les ados ricains durant plusieurs semaines d’exploitation. La raison de ce succès ? Une histoire cool d’enquête menée tambour battant par des teenagers branchouilles et la cote de popularité d’un jeune acteur au nom imprononçable : Shia LaBeouf (il peut remercier ses parents en leur foutant un contrat sur la tête maintenant qu’il a du fric !). La formule est simple et semble revenir en force à Hollywood après les échecs successifs des films R-Rated : il faut du bon PG-13 des familles afin de contenter les têtes blondes et autres boutonneux cinéphiles. Mais est-ce que ce classement conspué par les fans de cinoche couillu implique forcément une qualité moindre ? Pas vraiment, si on en croit la tenue tout à fait recommandable de ce Paranoiak pas original pour un sou, mais mis en boîte efficacement et sans égocentrisme (D.J. Caruso ne se regarde pas filmer, miracle !).

Cette histoire, empruntant simplement à Hitchcock l’intégralité du script de Fenêtre sur cour, raconte comment un jeune trublion, placé sous surveillance judiciaire et cloîtré à domicile, épie son voisinage pour le meilleur (il mate sa voisine en train de faire trempette dans la piscine… Désolé les gars, c’est un film tout public, elle ne fait pas de monokini) et pour le pire (il démasque un tueur en série qui habite en face de chez lui et qui en plus, drague sa mère, la lose !). Armé d’une flopée d’appareils high-tech et aidé par la fille d’à côté, le teen mateur va tenter de coincer ce psychopathe. Bon, d’accord, le pitch n’est pas plus bandant que ça, mais la fraîcheur des interprètes, la justesse de leur ton (on ne tombe jamais dans la niaiserie horripilante malgré la moyenne d’âge du casting), la qualité technique de l’ensemble (belle photo de Rogier Stoffers et mise en scène sans excès de surdécoupage), et le rythme pêchu des péripéties achèvent de rendre l’essai convaincant malgré son orientation très génération MTV. Bref, ne cherchez pas un certain esprit transgressif dans cette bande inoffensive et distrayante, assez représentative cependant d’une tendance douteuse et très actuelle du thriller US : la menace tapie près de chez vous, qu’il faut éradiquer coûte que coûte. Une certaine idée de la justice érigée par nombre de productions depuis quelque temps (24 heures chrono en tête), et qui ne va pas faire avancer les mentalités. Il s’appelle comment ce film déjà ? Ah oui, Paranoiak…

Fausto Fasulo

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