Jumanji Redux
09/02/2016

Jumanji Redux

Chair de poule

30

Adaptation plus que tardive d'une série de livres d'horreur pour préadolescents qui a fait fureur dans les nineties, Chair de poule est un spécimen anachronique dans le paysage hollywoodien actuel.

En un sens, le statut légèrement à part du projet pourrait être vu comme une bénédiction : produit pour moins de 60 millions de dollars, le film est déjà parvenu à tripler sa mise au box-office international. Un signe prometteur pour les années à venir, les studios étant amenés à revitaliser leur gamme de divertissements "intermédiaires", en théorie plus risqués et plus libres d'un point de vue tonal que les méga-blockbusters que l'on nous impose depuis près de dix ans. Petit problème toutefois, Chair de poule ne profite que superficiellement de cette liberté, préférant s'agripper dès l'ouverture à une structure de comédie familiale pépère et convenue. Si l'on peut espérer, au vu des enjeux exposés durant le premier acte, un portrait de l'"Amérique du milieu" à la Joe Dante, le long-métrage n'a jamais l'audace de bousculer son portrait communautaire. On peut évidemment pointer du doigt les dialogues niaiseux et prévisibles de Darren Lemke, embauché pour mettre en forme une histoire pourtant prometteuse et délicieusement méta, imaginée par Scott Alexander et Larry Karaszewski, duettistes à l'origine des formidables Larry Flint, Man on the Moon et Ed Wood. L'idée fondatrice du projet, voulant que l'auteur R.L. Stine (ici campé par Jack Black) soit capable de donner vie à ses créations littéraires, ouvrait un monde de possibilités thématiques, mais Lemke n'en retire qu'une suite de péripéties relativement insipides, propices à un remake en roue libre de Jumanji.

Le film de Joe Johnston est à l'évidence le modèle absolu de Chair de poule, Black imitant dès qu'il le peut les cabotinages de Robin Williams. Hélas, Rob Letterman est loin d'avoir la carrure de Johnston : sa mise en image est fonctionnelle, voire télévisuelle, en dépit de l'emploi du format 2.35. Si l'on excepte un Blob très attachant (mais non acide) et une fourmi géante rendant un hommage vibrant à Des monstres attaquent la ville de Gordon Douglas, la faune qui se déchaîne à l'écran souffre globalement d'un problème conceptuel majeur : produit par Sony Animation Studios, Chair de poule joue la carte de l'image de synthèse pour l'image de synthèse, alors que plusieurs créatures auraient donné un bien meilleur résultat avec des effets à l'ancienne. Si le débat technologique est généralement secondaire (il devrait l'être, en tout cas), il conditionne ici le plaisir même du spectateur, et s'impose constamment à l'avant-plan. Pensé comme un showreel avant d'être pensé comme un long-métrage, le projet s'autodétruit ainsi lors des nombreuses apparitions de Bigfoot, des nains de jardin ou du loup-garou, à peine dignes de figurer dans un téléfilm Asylum. Est-il nécessaire de rappeler que pour un budget similaire, Guillermo del Toro signait il y a quelques années un spectacle de la trempe d'Hellboy ?

Alexandre Poncet