Rien à cirer
12/09/2014

Rien à cirer

Sin City : J'ai tué pour elle

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Il aura fallu attendre neuf ans pour que Robert Rodriguez et Frank Miller reviennent faire un tour à SIN CITY. Sauf qu’entretemps, le premier a largement prouvé qu’il était devenu un jean-foutre de première…

Pour juger la qualité de la pre/sequel J’ai tué pour elle, il suffit de revoir le premier Sin City : tout y est plus beau, élégant, habité, réfléchi… alors que le long-métrage charriait pourtant son lot de défauts. Voilà qui témoigne bien de la dévolution de la carrière de Robert Rodriguez (en grande partie responsable des films si l’on en croit la mention « shot and cut by Robert Rodriguez » aux génériques), autrefois jeune cinéaste affamé prêt à déployer des trésors d’ingéniosité pour compenser son manque de budget, aujourd’hui devenu un gros feignant se reposant sur la technologie et la bisserie de bas étage pour vendre sa camelote.

Si la compétition avec son pote Tarantino l’avait vraisemblablement motivé à se sortir les doigts du fondement pour le sympatoche Planète terreur, le foutraque Machete et l’atrocement nul Machete Kills ont définitivement vendu la mèche : faire du ciné de qualité, Rodriguez n’en a plus grand-chose à foutre. Ainsi, de l’expérimentation esthétique et narrative que constituait Sin City, le Mexicain n’a conservé pour J’ai tué pour elle que les éléments les plus basiques : du nichon, de la violence et du gore. La retranscription des cases de la BD de Miller est ici totalement dénuée d’âme car vidée des nuances apportées dans le premier opus (où la photo se parait selon les scènes de teintes s’éloignant du noir et blanc pour accentuer telle ou telle sensation ou ambiance). De plus, le recours à une 3D tape-à-l’oeil ne fait que nier l’art du dessinateur en rajoutant une dimension dont, par nature, le médium BD se passe depuis toujours.

Résultat, l’artificialité qui planait parfois sur le premier Sin City tombe à bras raccourcis sur sa suite, comme en témoigne une finition plastique approximative : CGI hideuses (celles de l’original tiennent mieux la route !), maquillages grossiers (on voit parfois le point de collage des prothèses)… De leur côté, les comédiens font ce qu’ils peuvent en naviguant à vue (Rodriguez n’ayant jamais été un directeur d’acteurs), se montrant parfois très justes (Joseph Gordon-Levitt), parfois perdus dans une surenchère mal maîtrisée (Eva Green – qui nous offre en revanche une belle surenchère de chair). On aurait aimé se rabattre sur le script et la narration, mais entre une construction très déséquilibrée (le dernier segment est un ratage complet) et la mise en images pachydermique de Rodriguez, ce nouveau Sin City ne parvient même plus à susciter le moindre frisson d’excitation. Bon, je m’en vais revoir The Spirit, au moins, il y avait derrière la caméra un gars qui essayait de faire du ciné…

Laurent Duroche