Une nounou d'enfer
01/02/2016

Une nounou d'enfer

The Boy

9

Qualité aussi rare que bienvenue, The Boy adopte une approche à l'ancienne délicieusement british qui fait plaisir à voir. Dommage qu'il ne s'y tienne pas jusqu'au bout...

Greta (Lauren Cohan), une jeune américaine, accepte un job de nounou dans un vieux manoir anglais où elle est censée s'occuper de Brahms, un petit garçon de huit ans, durant les quelques semaines où ses parents seront absents. Pour elle, ce poste est le moyen idéal de fuir son passé et de gagner de l'argent facile afin de refaire sa vie. A peine arrivée sur son lieu de travail, elle se rend compte que quelque chose cloche : en effet, le couple de vieux excentriques qui l'emploient (Jim Norton et Diana Hardcastle) ne lui confient pas la charge de leur fils mais d'une poupée de porcelaine qu'ils traitent comme si elle était vivante, persuadés qu'elle est habitée par l'âme de Brahms, mort dans un incendie bien des années plus tôt. Laissée seule dans le manoir avec des instructions bien précises, Greta les ignore, range la poupée dans un coin et a vite fait de s'ennuyer ferme. Mais elle va vite comprendre qu'on ne plaisante pas avec Brahms : des objets se mettent à disparaître et des bruits étranges se font entendre dans la vaste demeure, tandis que le beau gosse qui livre des provisions à Greta chaque semaine (Rupert Evans) lui apprend que Brahms, de son vivant, était loin d'être un enfant de chœur...

Aussi anecdotiques soient-ils, Stay Alive, Devil Inside et Wer laissaient entrevoir un potentiel d'honnête faiseur chez leur réalisateur William Brent Bell. The Boy en est la parfaite illustration : la première partie du film, qui bénéficie d'une direction artistique et d'une photographie exemplaires, évoque (toutes proportions gardées) les meilleurs épisodes de la série Hammer House of Horror et des productions gothiques de Dan Curtis telles que Trauma ou La Malédiction de Collinwood. Un caractère old school d'autant plus appréciable qu'il se fait rare dans l'horreur moderne et que la mise en scène tire le meilleur parti de son décor presque unique en restant modeste et de bon goût. De l'anti-Jason Blum, en somme, porté avec conviction par Lauren Cohan, aussi à l'aise avec une poupée hantée que face aux zombies de The Walking Dead. On regrette donc d'autant plus que la suite soit moins heureuse. Sous prétexte de nous montrer une héroïne un peu trop vénale se faire rattraper par son passé, l'introduction d'une tierce personne dans le huis-clos transformerait presque la belle atmosphère jusque là soigneusement installée en celle d'un banal thriller domestique. A ce changement de cap s'ajoute un twist rendant bien trop sage tout ce qui a précédé quand on pense à ce qu'il aurait pu induire en termes de perversité. En fin de compte, The Boy troque le gothique à l'ancienne contre un style plus proche du slasher et c'est bien dommage, même si la présence au générique de Daniel Pearl, le chef-op de Massacre à la tronçonneuse et de son remake, mettra la puce à l'oreille des plus attentifs. Reste un film tout à fait recommandable compte tenu de la pauvreté du genre actuel et heureusement plus proche de Dead Silence que d'Annabelle en termes de qualité cinématographique.

Cédric Delelée