Alien Apocalypse
28/01/2016

Alien Apocalypse

La 5ème vague

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Cinq vagues de destruction globale mais une seule question : ce mélange de film post-apocalyptique et d’invasion extraterrestre fait-il illusion assez longtemps pour faire passer un twist qui le ramène sur un terrain beaucoup plus balisé ?

Tiens, voilà un film qu’on envisagera de manières très différentes suivant qu’on connaît ou pas son matériau d’origine et son genre exact, dont découle un retournement maousse que nous signalerons plus bas par la mention « ATTENTION SPOILER » appropriée. En attendant, remettons-nous donc dans la position du spectateur vierge de toute info, frappé d’emblée par une première séquence très noire et désenchantée : Chloë Grace Moretz, qui parcourt un paysage de fin du monde armée d’une mitrailleuse, entend l’appel à l’aide d’un autre survivant, et craignant un piège, elle l’abat par réflexe avant de constater qu’il était bel et bien un blessé sans défense. Bref, c’est quand même du brutal pour une grosse production hollywoodienne, à l’instar d’un long flash-back venant aussitôt révéler qu’on est ici à la croisée du post-apo et de l’histoire d’invasion extraterrestre. L’apparition d’un gigantesque vaisseau au-dessus de l’Ohio a en effet précédé de peu quatre séries de fléaux (coupure mondiale de l’électricité, tsunamis géants, épidémie de grippe…) qui ont eu pour effet de faire dégringoler la population de la planète. Le but est bien sûr de vider le globe de ses habitants pour permettre l’installation des aliens, lesquels entreprennent de dégommer les derniers récalcitrants façon tir au pigeon (c’est a priori ça, « la 5e vague ») en prenant l’apparence d’humains en tenue de chasse. Or, la transformation est seulement détectable chez les enfants et les ados, si bien qu’ils sont rassemblés par ce qui reste de l’armée américaine, pour les entraîner en vue d’une première contre-attaque. Notre héroïne part donc rechercher son petit frère, l’unique survivant de sa famille, dans une base militaire où se trouve aussi, sans qu’elle le sache, le gars pour qui elle avait le béguin aux temps insouciants du lycée. En chemin, elle rencontre cependant un autre jeune homme qui, lui, préfère résister à l’invasion en vivant en autarcie dans une maison perdue dans les bois… On pense ainsi à une sorte de réflexion sur l’état de crise, fondée sur l’alternative entre un régime d’exception ultra-musclé (apparemment, les bidasses n’hésitent pas à massacrer les groupes où des extraterrestres pourraient être dissimulés) et des solutions plus individualistes et libertaires, incarnées par le solitaire forestier. Sauf que…

(ATTENTION SPOILERS, donc) Sauf que, ben, ce n’est pas vraiment ça. Tel rebondissement que certains avaient pu flairer plus ou moins tôt (votre serviteur n’y a vu que du feu comme d’habitude) ramène l’ensemble dans le giron des sagas fantastiques pour ados, chose confirmée par le générique de fin : le film est en fait l’adaptation du premier volume d’une trilogie de romans destinés aux « jeunes adultes ». A la clé, il y a bien sûr le désormais classique trio amoureux mêlant humains et non-humains, qui devrait à nouveau diviser les jeunes filles du monde entier, comme au temps des Twilight et de l’affrontement sans merci entre Edwardiennes et Jacobites. Evidemment, l’histoire d’invasion extraterrestre, et sa dureté, ne s’en remettront pas. Mais d’un autre côté, les enjeux dont nous parlions plus haut permettent à la bluette de se développer de manière moins fabriquée qu’à l’accoutumée (et ce malgré un déséquilibre patent dans l’interprétation, une Chloë Moretz toujours aussi expressive trouvant peu de répondant chez deux bellâtres bien falots), étant en outre servie par une réalisation alerte, notamment en ce qui concerne l’inclusion des plans aériens et autres mouvements de grue. Et du coup, La 5ème vague apparaît davantage comme un long-métrage complet, là où ses congénères (voir Divergente ou Le Labyrinthe) donnent souvent la désagréable impression d’assister à un épisode pilote introduisant laborieusement les données des chapitres à venir. Reste à voir si les inévitables suites conserveront un peu de ces qualités, ou bien si elles retomberont entièrement dans les rails du soap-opera de science-fiction. Enfin, au cas où il y aurait effectivement des suites mises en chantier. Le plus bizarre dans l’affaire, c’est en effet que le film dont La 5ème vague est le plus proche n’est autre que Les âmes vagabondes, une autre bonne surprise mais qui avait subi un échec commercial ayant stoppé net la franchise. Rendez-vous donc au premier week-end d’exploitation aux USA (celui précédant la sortie française) pour voir si nous aurons droit aux autres rounds du combat de la belle Chloë contre les squatteurs extraterrestres.

Gilles Esposito