Casse-noisettes
12/09/2014

Casse-noisettes

Transformers : L'Âge de l'Extinction

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En 1999, le jeune Ehren Kruger crée l’évènement en écrivant le script superbement depalmien d’Arlington Road. Une décennie de douches froides l’amènera à se compromettre dans l’inepte Transformers 2 : La Revanche, probablement le blockbuster le plus mal ficelé de l’histoire de Hollywood. Depuis qu’il est devenu la « bitch » de Michael Bay, Kruger semble avoir définitivement perdu la raison. Annoncé comme un pas dans une direction plus adulte, L’Âge de l’extinction impose séquence après séquence un je-m’en-foutisme scénaristique étourdissant.

Symbole du concours de virilité qui agite actuellement l’industrie, mais aussi de la perte de repères des films estivaux récents (2h45 pour une intrigue de deux paragraphes, à l’heure où Peter Jackson veut faire passer le troisième Hobbit sous la barre des 140 minutes…), L’Âge de l’extinction se pose en prototype d’un cinéma vulgaire, réactionnaire (comme pouvait l’être le faussement subversif No Pain No Gain, d’ailleurs) et surtout débilitant. « Laissez votre cerveau au vestiaire » vous rétorqueront les disciples, niant le fait que l’excitation trouve justement son point d’ancrage au plus profond de la matière grise. Bien décidé à assommer son spectateur avant qu’il ne puisse remettre en question sa formule, Michael Bay a de surcroît l’audace de se faire passer ici pour un redresseur de torts, en soulignant dans une séquence ahurissante les effets dévastateurs des suites et remakes fortunés sur les petites salles indépendantes. Un cynisme comme celui-là, on n’en voit pas si souvent…

Alexandre Poncet