Mais où est passée la 7e compagnie ?
14/01/2016

Mais où est passée la 7e compagnie ?

House of Time

5

Malgré un titre angliche à la coule, cette histoire de voyage dans le temps ne donnera pas tort à ceux qui trouvent que les tentatives genresques tricolores donnent toujours un résultat très franchouillard.

Avant de jouer les bouche-trous dans les multiplexes de second rang (à Paris, une seule salle en périphérie), cette production française est restée longtemps dans les tiroirs. On ne peut pas se tromper : le dialogue situe précisément en 2014 cette histoire où une demi-douzaine de personnes sont réunies dans un manoir par un ami commun qui, en s’appuyant sur des recherches quantiques menées par les nazis pendant l’Occupation, leur affirme qu’il va envoyer toute la maisonnée exactement 70 ans plus tôt, soit en mai 1944… Difficile, donc, de ne pas se lancer dans des sermons sur le mélange problématique entre un univers de fantaisie et une réalité horrible. Car autant les paradoxes temporels sont bienvenus quand il s’agit d’invasion extraterrestre ou de révolte des robots, autant ils suscitent le malaise dès lors qu’ils s’appliquent à des événements dont les victimes resteront à jamais mortes et enterrées, comme dans le cas de la déportation des Juifs. On n’y échappe pas ici, jusqu’à une conclusion à la fois pleurnicharde et outrageusement cynique. Mais ne nous appesantissons pas là-dessus, le poignant de la chose étant que le saut dans le temps s’effectue de manière insensible, juste en pressant un petit bouton. Du coup, les personnages pensent à une mystification de leur hôte excentrique, et croient que ce dernier a payé des figurants pour incarner les SS rôdant autour du manoir. House of Time (mais pourquoi diable un titre en anglais ?) se veut ainsi une réflexion sur la notion de jeu, et en profite pour se lancer sans cesse des fleurs, avec des protagonistes s’extasiant sur le talent des comédiens supposés. Evidemment, ce jugement est bien optimiste, l’interprétation oscillant en fait entre le fade et le ridicule, à l’exception notable de Pierre Deladonchamps, vu dans le génial L’Inconnu du lac d’Alain Guiraudie. Et de façon plus générale, acteurs, photo et décors font davantage penser au spin-off aberrant d’une série rétro du genre Un village Français. Bon, inutile d’insister, vous aurez compris que tout cela n’est guère satisfaisant.

 

Gilles Esposito