On a Dark Desert Higway
21/06/2007

On a Dark Desert Higway

Motel

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Un motel abandonné, un tenancier aux goûts cinématographiques un peu louches et une suite nuptiale sous vidéo-surveillance. Le cauchemar de tout couple en virée nocturne...

Décidemment, le potentiel horrifique du motel n'est pas encore inépuisé. Lieu de passage ou lieu de vie, on n'a pas encore trouvé mieux (à part peut-être la bicoque perdue dans les bois) pour mettre en scène des situations cauchemardesques. Bâtiment anonyme et isolé, le motel renvoie aux peurs primaires de l'homme. L'imaginaire fonctionne alors à bloc. Derrière ces murs décrépits, ces papiers peints délavés, dans ces salles d'eau glaciales, se tapit peut-être l'indicible. Bref, pas besoin d'en faire une thèse : le motel est le coin idéal pour y situer un huis clos sous haute tension, comme l'a décidé le scénariste Mark L. Smith. C'est en effet au cours d'une virée avec sa femme, sur une route du Nouveau-Mexique, qu'il a eu l'idée du motel comme théâtre de son script.Quelque part en Californie. By night. Un couple roule, direction on ne sait où. Et là, c'est le coup de la panne pour David et Amy (Luke Wilson et Kate Beckinsale). Mais rien de glamour là-dedans, le couple est sur le point de divorcer. Les voilà alors contraints à passer la nuit dans un motel désert, dans l'attente d'une dépanneuse. Hélas, la miteuse suite nuptiale leur réserve une surprise de taille. Pas de chocolat sur l'oreiller, mais des snuff movies en VHS, tournés dans la chambre même. Les deux protagonistes ne vont pas tarder à découvrir les «caméras cachées» dont la pièce est truffée. Commence alors une chasse à l'homme sans répit, dont le but est de jouer avec les nerfs de sa proie avant d'en faire sa guest star.

Motel puise sa force d'un développement soigné des deux protagonistes, notamment grâce à une scène d'exposition permettant une rapide identification aux personnages. Ici, pas de teenagers en goguette cherchant piaule pour nuit torride, pas de jeunes mariés irritants, mais un couple en plein divorce. Exit les engueulades superficielles, le mal est profond. Le décès de leur fils les a détruits, jusqu'à ne plus pouvoir se voir en peinture. Et pourtant, l'amour est encore là, faible mais persistant. Et c'est dans l'adversité que mari et femme vont se ressouder.Mais par dessus tout, l'atout du métrage réside dans son traitement sans accalmie. Aucun temps mort ne vient perturber la tension de ce quasi huis clos. L'intrigue, dense, est bouclée en à peine une heure et demie. Pas de blabla inutile, mis à part un dialogue explicatif dont on se serait passé. Mais ce petit écart ne plombe pas l'ensemble, captivant et bien rythmé. Produit efficace et sans prétention, Motel joue la carte du hors champ et de la suggestion plutôt que de l'horreur graphique. Même pour les snuff, les coups sanglants finissent derrière les rideaux. Malgré ce petit détail qui peut décrédibiliser le propos (la «tradition» du snuff serait plutôt de montrer l'exécution sans la dissimuler), le film de Nimrod Antal tient ses promesses : conserver un suspense haletant par le rythme et l'univers malsain de ce piège à touristes.

Laurence Mijoin

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