Chérie, Fais moi Mal !
20/06/2007

Chérie, Fais moi Mal !

Boulevard de la mort

3

Film en deux actes, Boulevard de la mort oppose la virilité assassine à la vengeance féminine. Tarantino filme l'affrontement ultime des sexes, où homme et femme s'infligent les plus atroces souffrances. Un peu bavard mais vraiment jouissif.

Acte premier : la Mort virile. Diaboliquement magnétique, Stuntman - Kurt Russell - Mike, ancien cascadeur au faciès balafré, se la joue jus de fruits sur le zinc dans un bar d'Austin. Technique d'approche de jolies minettes qui se la jouent, elles, piliers de bar. Mais tout ceci n'est qu'un leurre pour appâter ses charmantes proies. Alors, avec sa voiture « 100% death proof », le road warrior va tester la résistance au choc de ses nouvelles copines au déhanché sulfureux... Et montrer qui est le mâle.

Le méchant est un «true one», comme on n'en fait plus. Sans remords ni compassion. Blindé dans son armure customisée, l'homme règne en maître, et pénètre ses victimes avec son engin, assouvissant sa rage dans un coït d'une brutalité inouïe. Le métal déchire les chairs. En lambeaux, la peau douce des minettes ! Stuntman Mike s'empale et les corps s'empilent.

Mais après le flot de testostérone, Tarantino ressort la Varla de Russ Meyer. Acte deux. Dans Boulevard de la mort, ce sont les femmes qui reçoivent tous les éloges. Qu'elle se décline en pom-pom girl, cascadeuse ou DJ, l'héroïne tarantinienne ouvre sa "fucking" gueule et roule French Connection.

Comme en réponse au premier round, remporté par K.O. par Mike, les «chicks» vengent leurs soeurs violées. La passation des pouvoirs entre les sexes excite la caméra du réalisateur de Kill Bill (le sieur Quentin affiche sans vergogne son fétichisme pour les pieds féminins). La puissance des belles ne provient pas uniquement de leur micro-short ou de leur décolleté chaud bouillant. Non, les filles de Tarantino sont fortes, parlent de cul, taillent le bout de gras, fument et s'envoient des margaritas straight-up... jusqu'à l'apothéose : un orgasmique triomphe collectif des nanas. Jubilatoire.

Hélas, elles papotent. Et c'est sans doute ce qu'on reprochera à Tarantino, pour ce métrage définitivement très bavard. Bardé de dialogues résolument plus intéressants sur leur forme que sur leur fond (l'écriture du réal est toujours aussi savoureuse), le premier segment du projet Grindhouse s'est sans doute un peu éloigné du concept d'origine (s'inspirer des faux raccords et des montages foireux de l'époque pour en faire un pur exercice de style), au profit des obsessions du cinéaste. Le résultat est sans doute borderline, transgenre, aurait gagné en intensité s'il avait été amputé de quelques minutes, mais reste un pur moment de coolitude où le plaisir reste le maître mot.

Laurence Mijoin

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