Paris sous les bombes
30/10/2015

Paris sous les bombes

Paranormal Activity 5 : Ghost Dimension

23

En l’absence de toute projection de presse, notre reporter de choc Gilles Esposito a dû risquer sa vie en allant voir le nouveau PA avec des vrais gens. Compte-rendu des dégâts, en direct de la salle 5 du Ciné-Cité Les Halles.

La seule vague bonne idée de ce Paranormal Activity 5 est peut-être de replonger dans les origines du procédé 3D, où celui-ci pouvait aussi bien servir à donner une illusion de profondeur qu’à faire apparaître et disparaître des choses de l’image. Par exemple, dans le 13 Fantômes réalisé en 1960 par William Castle, les spectateurs étaient invités à chausser leurs lunettes bicolores quand des spectres écarlates étaient projetés sur l’écran. Ainsi, en fermant alternativement un œil puis l’autre, ils pouvaient voir les créatures (en regardant à travers le verre rouge) ou les renvoyer dans l’Au-delà (en regardant à travers le verre bleu). C’est un peu ce qui arrive aux personnages du film de Gregory Plotkin : dans la maison où ils viennent d’emménager, ils trouvent un antique caméscope de modèle inconnu, dont les images montrent parfois d’étranges particules flottant dans les airs. Ils pensent d’abord à de simples parasites, mais en viennent bientôt à se demander si l’appareil n’est pas capable d’enregistrer les images d’une « dimension fantôme » parallèle. Et de là à penser que l’ami imaginaire de leur fillette est en fait une véritable entité démoniaque qui cherche à s’incarner dans la réalité palpable…


Et alors ? Et alors ? Eh bien… que dalle ! Le parti-pris d’un film tourné partiellement en relief fait long feu. Le montage a beau combiner des plans surnaturels et en 3D avec les images doublement plates de caméras plus modernes, le découpage est aussi morne que l’aspect dramatique. Car on reste confondu devant la complète transparence des personnages et de leurs interprètes, qui semblent anonymes et interchangeables. Notamment, le couple de héros est flanqué de deux autres figures : le frère du mari, parti pour s’incruster après s’être fait plaquer par sa compagne, et une amie donné comme ouverte à l’insolite puisqu’adepte du feng-shui (!). Mais leur présence n’apporte aucun enjeu supplémentaire, elle paraît seulement servir à multiplier les bavardages à propos d’une caisse de vieilles cassettes vidéo, recelant en quelque sorte les rushes des quatre Paranormal Activity précédents. Du coup, on en viendrait presque à considérer les crises somnambuliques de la pulpeuse Katie Featherston dans le premier opus comme des sommets de développement psychologique. Ici, le scénario demeure rivé à la répétition métronomique de scènes similaires : des trucs étranges se passent la nuit autour de la gamine, les adultes en parlent au petit matin, ils regardent un peu les VHS pour y trouver un nouveau bout d’explication, des trucs étranges se passent la nuit, etc. L’auteur de ces lignes s’était fait gentiment chambrer par ses collègues à cause d’une critique indulgente de Paranormal Activity : The Marked Ones, écrite au lendemain d’un réveillon bien arrosé. Ce spin-off destiné au marché latino faisait cependant figure de chef-d’œuvre absolu, à côté de cet opus 5 qui dispense un ennui compact. Sauf que l’écrire se résume à un coup d’épée dans l’eau : la chose semblait rencontrer une parfaite acceptation chez le public, entassé dans une petite salle de 100 places par des exploitants craignant sans doute une trop grande foule après certains débordements dont la grande presse a fait ses choux gars. Bon, ce n’était pas forcément très malin, mais en même temps, les gosses seraient peut-être moins dissipés entre les fauteuils si ce n’était pas le calme le plus plat qui régnait sur l’écran.

 

Gilles Esposito