Troll Hunter
07/01/2016

Troll Hunter

The Beast

3

Après Alléluia, le cinéma de genre Belge frappe encore une fois très fort avec un thriller terrifiant tiré d'un roman particulièrement glauque de Mo Hayder. De quoi donner des cauchemars au spectateur le plus endurci de New York Unité Spéciale !

Sortir un film tel que The Beast au beau milieu des fêtes de fin d'année est déjà en soi une idée saugrenue, mais elle fait encore plus sourciller quand on s'aperçoit que la promotion du film omet d'insister sur le fait que le film est adapté de L'Homme du soir, best-seller de la célèbre romancière Mo Hayder. Vu qu'il s'agit là de son seul argument de vente, c'est un peu dommage. En effet, ni le réalisateur Hans Herbots, vétéran du petit écran, ni son acteur principal Geert Van Rampelberg, aperçu dans La Mémoire du tueur et Alabama Monroe, ne sont de nature à motiver un public potentiel déjà très réduit tant le thème du film est sordide. L'histoire se passe en Belgique. Flic chevronné hanté par la disparition jamais résolue de son frère et harcelé par l'homme qui fut suspecté de l'avoir enlevé ; Nick Cafmeyer est chargé d'enquêter sur le kidnapping d'un enfant et en vient à soupçonner que les deux affaires sont peut-être liées. Au cours de ses investigations, il découvre qu'il existe des rumeurs à propos d'un « troll » qui viendrait la nuit pour emporter ses jeunes victimes... Emprunter les sentiers du conte de fées n'a rien de très novateur dans le cadre du thriller moderne, mais le récit joue adroitement de cette légende urbaine pour amener le spectateur à plonger en apnée dans une atmosphère toxique qui prend à la gorge et ne recule devant rien pour appuyer la noirceur absolue de son propos. Difficile de taxer le film de complaisance, car même si elle trahit ponctuellement les origines télévisuelles de son réalisateur, la mise en scène trouve le plus souvent un juste milieu entre suggestion et graphique frontal, le peu d'images saisies suffisant amplement à retourner l'estomac, comme l''autopsie glaciale d'un petit corps recroquevillé sur lui-même, la découverte d'une VHS pédophile ou le cauchemar interminable vécu par une famille en proie au « troll ».


Pour ce qui est du ressenti de ses personnages, The Beast fait par ailleurs montre d'une belle acuité, témoins une scène d'arrestation dans une piscine entièrement vécue du point de vue du suspect ou lors d'un final d'une rare cruauté psychologique. De quoi pardonner à Hans Herbots d'être un peu trop sous l'influence de Se7en, Millénium, Le Sixième Sens, Le Sang du châtiment ou encore Memories Of Murder : à défaut d'avoir un style bien à lui (on se surprend à rêver de ce qu'aurait pu en faire Fabrice Du Welz), l'homme connaît ses classiques. La richesse du film en termes émotionnels est donc imparable. Dommage qu'elle soit alimentée par un trop-plein d'explications parfois incohérentes qui finissent par nuire à son mystère et à sa force intérieure. Cette densité dans la déviance qui évoque furieusement la littérature policière scandinave passe souvent mieux sur le papier qu'à l'écran et il est regrettable que le script n'ait pas su faire preuve de plus de justesse dans ses choix narratifs, plus indiqués dans une mini-série que pour un film de deux heures. Il n'empêche : dans le genre, The Beast est un sacré morceau.

Cédric Delelée