Arrête de ramer, t'attaques la falaise...
25/09/2015

Arrête de ramer, t'attaques la falaise...

Everest

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En attendant le monstre marin d'Au cœur de l'océan le 9 décembre, Everest fait de sa montagne une créature impitoyable et n'hésite pas à tutoyer le cinéma d'horreur pour servir son propos.

Avec son scénariste de prestige (William Nicholson, Gladiator) et son réalisateur islandais devenu faiseur hollywoodien (Contrebande, 2 Guns), il y avait fort à parier qu'Everest soit un spectacle semi-documentaire aux scènes de suspens(e) alpiniste dans la tradition. En d'autres termes, d'un croisement entre La Mort suspendue, Vertical Limit et le méconnu K2 réalisé par Franc Roddam avec Michael Biehn. Sauf que le script a été co-écrit par Simon Beaufoy, auteur de celui de 127 heures, et que Baltasar Kormákur a également signé dans son pays natal l'excellent Survivre, où un pêcheur tentait d'échapper à une mort certaine dans un océan glacé. Deux facteurs d'importance qui ont sans nul doute conduit le film dans la direction appropriée, à savoir celle d'un film-catastrophe hérité de la grande époque du genre (les années 70) qui vire au survival pur jus. A travers l'aventure (réelle) de ces grimpeurs venus conquérir le plus haut sommet du monde (déjà adaptée pour la télévision dans Mort sur le toit du monde en 1997), Kormakur tente avec succès l'inédit sur des pistes très balisées.

S'il s'attache à ressusciter l'aspect collégial de classiques comme La Tour infernale ou L'Aventure Du Poséidon et trouve un équilibre parfait dans la caractérisation de ses nombreux personnages, le cinéaste fait de la montagne une entité monstrueuse, son ascension revenant pour les hommes à défier l'Olympe d'un dieu dont ils se moquent de provoquer la colère. Lorsqu'elle s'abat sur eux, il est trop tard. Everest déploie alors une longue scène de tempête absolument tétanisante qui plonge le film dans une véritable ambiance de cauchemar, avant de se recentrer sur le destin souvent funeste de ses protagonistes en évitant à tout prix de donner dans le sensationnel. Quand la mort frappe, elle le fait de manière brutale et sans éclat : un homme épuisé dévisse de la paroi sans un cri, dans un silence tout juste troublé par le souffle du vent. Un autre, couché dans la neige, s'endort comme un nouveau-né pour ne plus jamais se réveiller. Des instants pudiques et troublants, admirablement servis par un casting solide où se détachent Josh Brolin, Jake Gyllenhaal et John Hawkes dans son rôle le plus attachant depuis En pleine tempête, Everest entretenant d'ailleurs plus d'un rapport avec le beau film de Wolfgang Petersen, que ce soit dans son atmosphère funèbre ou la vigueur lyrique de sa mise en scène, ici épaulée par une 3D immersive au possible qui arrive à donner une vraie sensation de vertige, notamment lors d'une traversée de pont suspendu qui fera date. C'est dire à quel point l'aventure mérite d'être vécue dans des conditions optimales.

Cédric Delelée