Pas d'idées dans la suite
03/09/2015

Pas d'idées dans la suite

Sinister 2

9

Bien qu'imparfait, le premier Sinister se démarquait de la vague des titres produits par le prolifique Jason Blum (Lazarus Effect,The Gallows, The Visit) grâce à un effort particulier sur le travail de caractérisation et l'évidente sincérité d'un scénariste/réalisateur se prêtant de bonne grâce au jeu du film de trouille pour mieux analyser ses propres doutes d'artiste et de patriarche. Fort de cette dichotomie narrative opposant succès professionnel et vie familiale, le long-métrage de Scott Derrickson (L'Exorcisme d'Emily Rose) parvenait à trouver le ton juste entre frissons « Shiningien » (le protagoniste est un écrivain victime d’horribles visions) et drame domestique à la John Cassavetes. Et si l'attrait initial d'un tel produit réside avant tout dans son appartenance au genre (ici synthétisée par des snuffs en 8mm particulièrement brutaux), la réussite de Sinister devait plus au dilemme moral qui déchirait son scribouillard en quête de popularité (Ethan Hawke, excellent dans un rôle ambigu) que dans les effets-chocs promis par sa bande-annonce. On oubliera donc pas de sitôt cette remuante scène de dispute où le romancier carriériste fait part à sa femme de sa peur viscérale de sombrer dans l'oubli avant que celle-ci se voie obligée de lui rappeler qu'il met ses deux enfants en danger (« C'est eux, ton héritage ! ») pour des raisons d’égo...


Toujours coécrite par Derrickson et son complice C. Robert Cargill, mais désormais réalisé par Ciaran Foy (Citadel), Sinister 2 provoque exactement l'effet inverse en choisissant de se concentrer sur l'aspect le plus faible de son prédécesseur (les spectres juvéniles assistant le démoniaque Bughuul) pour jouer la facilité à grands coups de jump scares assourdissants et de fausses alertes (« Ouf, ce n'était qu'un rat ! ») engendrant au mieux la lassitude, et au pire la consternation. Sans aucune prise de risque, cette suite bâclée tente de dupliquer les grands moments de son modèle en appliquant l'éternelle méthode du bigger & louder de rigueur à Hollywood, quitte à tomber dans la parodie lors de snuffs tellement outranciers et alambiqués qu'on les croirait sortis de l’esprit rigolard des ZAZ. Déjà pas fameux d'un point de vue horrifique (la mise en scène inexistante enfonce le clou), Sinister 2 échoue également à composer une nouvelle galerie de personnages digne de ce nom, qu'il s'agisse de la mère courage incarnée par une Shannyn Sossamon transparente ou d'une clique de têtes blondes dont l'unique expression réside en un froncement de sourcils particulièrement irritant. [ATTENTION SPOILER] Et ce n'est pas le climax calqué sur Les Démons du maïs et moralement douteux (au bûcher les gamins troublés et les maris violents, on vous a trouvé des remplaçants !) qui va arranger les choses...

 

Jean-Baptiste Herment