2300 Plan 9 Les étranges nuits du cinéma 2015
17/08/2015

2300 Plan 9 Les étranges nuits du cinéma 2015

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En ces temps caniculaires, rafraîchissons-nous avec un petit flash-back sur le festival suisse qui s’est tenu du 30 mars au 5 avril derniers, sous une neige glaciale qui a pourtant été très loin de réfréner les ardeurs d’un public chaud bouillant !

Les Suisses sont fous. On ne le devinerait pas, c’est vrai, en marchant dans les rues paisibles de La Chaux-de-Fonds. Mais ce n’est là qu’une fragile façade, si l’on en juge par ce qui se trame depuis pas moins de 16 ans, dans un temple protestant désacralisé (!) devant lequel on a planté un superbe crucifix à l’envers (!!), le tout pendant la semaine de Pâques (!!!). A l’intérieur, un public en furie assiste à une orgie cinématographique le cul sur de vilaines chaises de plastique, dont l’inconfort est largement compensé par la bière qui coule à flots dans un bar situé au coin de la salle (!!!!) et par les harangues de comédiens de rue déguisés pour l’occasion en croque-mort ou en lapin libidineux (!!!!!). Bon, arrêtons de multiplier les points d’exclamation : pour saisir toute la puissance de la chose, mieux vaut aborder de front le point culminant du festival, à savoir le marathon de 8 heures de court-métrages qui se tient rituellement le Jeudi Saint. 

 C’est ainsi que notre jury aux fesses en compote est tombé d’accord peu avant l’aube pour décerner le prix à l’incroyable Faim de mort 3 de François Yagopian, formidable essai d’animation en volume où la guerre à mort au sein d’un couple entraîne des mutilations et recompositions corporelles qui finissent par faire ressembler l’ensemble à une version ultra-gore des dessins de Hans Bellmer. Pour faire bonne mesure, un « prix d’interprétation » a aussi été remis au renard empaillé de Turbo vomi de Yannick Lecoeur, dont le scénario idiot (la quête vengeresse d’un braqueur inexplicablement transformé en goupil lors d’un partage de butin) et les partis pris insolents (le générique nous prévient d’emblée que les scènes trop difficiles à tourner seront remplacées par des cartoons pouraves) engendrent un sommet d’agressivité bête et méchante. Enfin, pour satisfaire le chauvinisme de certains, une mention spéciale Béarn a été octroyée à Territoire de Vincent Paronnaud (le complice de Marjane Satrapi sur Persepolis et Poulet aux Prunes) qui a l’originalité d’envisager une invasion d’infectés depuis les pâturages de Hautes-Pyrénées.Outre votre serviteur, le jury comptait en effet Franck Lubet et Professeur Thibaut, venus de la Cinémathèque de Toulouse avec sous le bras d’authentiques copies 35mm (La Course à la mort de l'an 2000, Creepshow, le faux doc This is Spinal Tap favori des métalleux), mais aussi la comédienne transgenre Valentine Deluxe, qui nous a gratifié le lendemain d’une conférence très campy sur les vampires lesbiennes, et Mickael Abbate, créateur de la Samain du cinéma fantastique de Nice qui a fait ses débuts de réalisateur avec le premier segment du film à sketches franco-italien Phantasmagoria, sympathique tentative d’épouvante allusive à l’ancienne. Car le 2300 Plan 9 propose également un bon contingent de longs-métrages, partagés entre classiques déviants (comme un Ebola Syndrome de circonstance ou un Tetsuo en ciné-concert) et nouveautés (Shrew's nest, The ABCs of Death 2, Why Don’t You Play in Hell?, etc.). 

Au milieu de tout ça, une petite découverte dans le genre zéro budget, venue d’Italie : Hotel Inferno de Giulio De Santi. Si l’intrigue a un petit parfum de Kill List (un tueur à gages devant officier dans un palace découvre que ses proies sont des monstres ayant servi la même organisation secrète ésotérique), le traitement est bien différent. Tout est vu en caméra subjective, à travers les yeux d’un sicaire défonçant à tour de bras les crânes de ses poursuivants à la faveur de maquillages aussi gorasses que bricolés, tandis que le cinq étoiles a tôt fait de prendre des allures d’enfer lovecraftien. Parfois fastidieux, le résultat est quand même un drôle de truc, situé quelque part entre l’art brut, le jeu vidéo façon shoot‘em up et le happening bizarro. Bref, l’horreur primaire n’est pas morte, et rendez-vous est donc pris dans 9 mois à la Chaux-de-Fonds. En attendant, comme le disait le renard de Turbo Vomi, allez vous faire tatouer des croix gammées sur le fion…

 

Gilles Esposito