Zero Bits
02/08/2015

Zero Bits

Pixels

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En 2010, le français Patrick Jean exauce avec son court-métrage Pixels un véritable fantasme de geek, en déployant dans les rues d'une mégalopole une armée constituée de personnages issus de jeux d'arcade des eighties. Très bien réalisé, et bénéficiant de trucages brillants, l'objet restait tout de même une vaste blague, pensée pour faire le buzz et lancer, pourquoi pas, la carrière de son concepteur.

Le très doué Patrick Jean aurait pu, dans un monde idéal, suivre une trajectoire à la Neil Blomkamp, et laisser derrière lui ce Pixels aux atours de CV en ligne, pour mettre en scène de vrais longs-métrages ce cinéma. Hollywood en aura voulu autrement : en quête de grands succès populaires suite à une série de bides cinglants, et dans un contexte de partenariat de plus en plus tendu avec Sony Pictures, Adam Sandler a vu en Pixels matière à conquérir un nouveau public. Celui des nerds, donc, qu'il ne comprend évidemment pas, et dont il se moque comme de sa première interro de maths. Ni une ni deux, Sandler convainc Sony d'investir plus de 90 millions de dollars dans une version longue de Pixels, cette fois-ci centrée sur sa personne, et non sur le matériau auquel l'original rendait hommage.

Le constat est accablant : passée une ouverture où s'enchaînent les placements de produits "geek approved" à un rythme franchement nauséeux, le long-métrage consacre trois quarts d'heure à son déplorable héros, à ses tentatives de drague embarrassantes sur une mère célibataire, à son amitié improbable avec le Président des Etats-Unis... Déjà responsable d'un Percy Jackson réduisant la mythologie grecque à une campagne publicitaire Apple, Chris Columbus sert la soupe à Sandler sans la moindre conviction, enterrant ses gags et autres punchlines avec une absence de timing éblouissante. Si Pixels veut constamment être drôle, il ne l'est paradoxalement à aucun moment. Pire, sa capacité à faire tomber à plat l'ensemble de ses traits humoristiques fait de lui un spectacle fascinant : c'est un peu comme si une armée de comptables se retrouvait sur une scène de Stand Up, et tentait de dérider l'assemblée en enchaînant les blagues de Toto. Ajoutez une pincée de racisme (ah, cette demande en mariage en Inde) et une poignée de misogynie, et vous aurez une idée assez précise du niveau global.

Dans Pixels, il y a donc également des versions grandeur nature de Centipede, Pac-Man et Donkey Kong. Les trois scènes d'action qui ponctuent le récit ne dépassent jamais, malheureusement, leur situation de départ, et leur construction ne respecte que superficiellement les codes vidéoludiques qu'elles sont censées ressusciter. D'une laideur étonnante, n'ayant que peu à voir avec les graphismes 8bits référencés, Pixels ressemble au final à une opération de séduction irréfléchie, opportuniste voire putassière ; une machine à aguicher ces "abrutis de nerds", pour mieux les plumer dans leur dos. Pique-assiette éhonté, Sandler envisageait sûrement une affaire juteuse à la Big Bang Theory. Au vu du box office, une suite de Wedding Singer aurait été plus judicieuse.

Alexandre Poncet