Small movie
10/07/2015

Small movie

Ant-Man

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Dans le numéro d’été de Mad Movies, nous vous parlions des conflits qui agitèrent la pré-production d’Ant-Man, l’interventionnisme des pontes de Disney et Marvel finissant par provoquer la colère d’Edgar Wright. Démissionnaire, le réalisateur de Shaun of the Dead aura ainsi abandonné un projet qu’il développait aux côtés de Joe Cornish depuis près de dix ans.

S’il reste à l’évidence des bribes de cet Ant-Man dans le film réécrit par Peyton Reed, Adam McKay et Paul Rudd, le résultat ressemble hélas surtout à ce que l’on craignait depuis quelques mois. Rassurez-vous, nous n’allons pas ici comparer à l’aveugle les approches de Wright et de Reed, l’impossibilité (pour le moment) de mette la main sur le scénario rejeté condamnant ce parti pris critique à des enjeux trop théoriques. Si l’on excepte une séquence reproduisant avec une neutralité scénique désarmante une idée vue dans le célèbre test de Wright (miniaturisé, le héros court sur le canon d’un revolver, puis envoie valser ses opposants via des coups de lattes bien sentis), inutile d’avoir un repère extérieur pour évaluer le manque d’implication de l’actuel réalisateur derrière son combo. Le fait que McKay, filmeur compétent (cf. Ricky Bobby), ait choisi de passer la main à un faiseur jusqu’ici sans personnalité soulève de vraies questions quant à la sincérité du projet. Et à l’écran, la supercherie ne trompe effectivement pas longtemps.

Cadré majoritairement en plans moyens et dans des champs / contre-champs terriblement basiques, les dialogues à rallonge d’Ant-Man trahissent une paresse de tous les instants, le cinéaste de secours ne tentant à aucun moment d’imprimer sa patte, ou de souligner un trait d’esprit par une quelconque idée visuelle. Niveau inventivité, Ant-Man représente un néant rarement vu dans le cinéma hollywoodien : à l’instar d’un Brett Ratner sur Dragon Rouge ou X-Men 3, le metteur en scène enchaîne contractuellement ses prises de vue, demande à ses acteurs de réciter leurs dialogues, multiplie les plans de réaction au cas où un besoin se ferait sentir au montage. Rien de plus. Semblant complètement perdue, Evangeline Lilly sort grande perdante du procédé, la plupart de ses scènes faisant d’elle un pantin désincarné, alignant de façon quasi-muette les expressions les plus caricaturales. Jamais dirigés, les acteurs dans leur ensemble peinent à livrer une interprétation habitée, limitant pour la plupart la casse en bloquant leur énergie sur le strict minimum. Paul Rudd a ainsi du charme à revendre, mais il ne l’exploite jamais vraiment. La sévérité naturelle de Michael Douglas ne fait ici guère de vague, le ton de son jeu n’évoluant plus jamais après l’ouverture. Enfin, le bad guy en chef se contente d’écarquiller les yeux tout en adressant aux héros des rictus vaguement provocateurs. Son interprète ne lui apporte aucune ambiguïté, aucune dimension humaine, aucune vulnérabilité. L’encéphalogramme est désespérément plat, où que l’on regarde. Cas isolé, Michael Peña met le paquet dans son rôle de contre-point comique, parvenant même à susciter quelques sourires lors de flashbacks montés à la serpe, rappelant le style… d’Edgar Wright. De beaux mais courts moments, rapidement noyés par des séances d’improvisation embarrassantes ; une constante du cinéma d’Adam McKay, qu’essaie en vain d’apprivoiser Peyton Reed.

Bien sûr, les années de développement se ressentent dans l’excellent production design (le costume créé par Hank Pym est un bijou de rétro-futurisme), ou dans une poignée d’animatiques vraisemblablement reproduites telles quelles lors des scènes d’action. A quelques reprises, Ant-Man parvient à capturer l’étincelle ludique qu’implique son sujet, lorsque le héros mène une charge de fourmis, affronte un adversaire sur un train électrique (un hommage direct à Wallace & Gromit) ou se retrouve piégé dans un état subatomique. Des concepts hautement excitants, qui ne font malheureusement qu’interrompre une entreprise pépère, auto-satisfaite et artificielle, en particulier lorsqu’elle tente de bâtir des ponts avec les Avengers. « Ant-Man reviendra », annonce fièrement le générique de fin, soulignant si besoin le statut purement transitoire de ce pilote télévisé diffusé sur écran géant.

 

Alexandre Poncet