Living-Dead Star
15/06/2015

Living-Dead Star

Maggie

2

Sélectionner un code bien particulier d'un genre usé jusqu'à la moelle, et l'étendre sur un film entier dans le but de rallumer la flamme, ce n'est pas une mauvaise idée en soi. C'était après tout la démarche de M. Night Shyamalan à ses débuts, pour des résultats stratosphériques.

Sans doute envieux des sommets d'émotion atteints par Sixième sens ou Incassable, Henry Hobson choisit de détourner le film de mort-vivant en se focalisant sur l'un de ses clichés récurrents : la lente agonie d'une victime mordue par un zombie, destinée à tuer ou être tuée par ses propres parents. Si l'approche minimaliste (il s'agit vraiment ici de relater huit semaines de calme avant la tempête, condensées en une heure trente) peut paraître originale, elle arrive en réalité un peu après la bataille. En 2012, l'anglais Keith Wright proposait déjà un concept similaire avec Harold's Going Stiff, jolie comédie dramatique où une infirmière se prenait d'affection pour un vieillard en train de virer zombie. Un joli film qui, en dépit de maladresse, sonne autrement plus vrai que cet opportuniste Maggie.

Dès les premières images, la stylisation excessive du film d'Henry Hobson souligne une vacuité étonnante. Montage parallèle et voix off bricolés, caméra portée s'efforçant de ne jamais cadrer l'essentiel, reports de point constants, parce que cela fait joli, dialogues laconiques et regards de chiens battus en pagaille... On le comprend, le long-métrage veut nous déstabiliser par sa structure éclatée et ses décadrages, et nous émouvoir par les yeux embués de ses interprètes. Arrosé par une partition suffisante et maniérée, compactant des improvisations de synthé et de guitare électrique, Maggie sent immédiatement la baudruche arty comme les festivals du monde entier en projettent des dizaines chaque année. Devenant rapidement antipathique, alors que son script exigeait fraîcheur et simplicité, le film est enfin pétri d'un symbolisme primaire, placardé avec soit une naïveté confondante, soit une arrogance insupportable. Le pire, dans l'affaire, est que le projet dans son ensemble resterait un raté anecdotique, si la présence d'Arnold Schwarzenegger ne faisait pas de lui un véhicule de star sur le retour, prêt à tous les risques pour conquérir un nouveau public. On comprend aisément, après les bides retentissants du Dernier Rempart, d'Evasion, d'Expendables 3 et de Sabotage, les motivations de celui qui fut la plus grande star hollywoodienne vivante. Mais les larmes qu'il verse dans Maggie s'imposent moins comme une mise à nu artistique que comme une véritable entreprise de racolage. Le gigantesque Arnold mérite mieux, à l'évidence, que de pleurnicher dans un sous-Terrence Malick calibré pour Syfy...

Alexandre Poncet