Dull Footage
01/06/2015

Dull Footage

Pyramide

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Le genre du found footage a désormais atteint une notoriété telle qu’il n’est théoriquement plus nécessaire, pour un cinéaste, d’introduire ou d’expliquer son dispositif outre mesure. Les cartons qui ouvrent Pyramide sont d’autant plus anachroniques, pour ne pas dire ringards.

« Ce que vous allez voir est un montage des documents vidéo retrouvées sur les lieux du drame », voilà à peu près ce que le long-métrage nous promet en préambule. Une bonne excuse pour suivre une équipe de tournage particulièrement réduite, partie en Egypte pour documenter les aventures d’une jeune et belle archéologue et de son père bourru. En creusant près de Gizeh, ils ont en effet mis à jour la cime d’une pyramide ensevelie depuis des millénaires. La révolte grondant à travers le pays, les chercheurs sont pris de quitter les lieux au plus vite, et d’oublier leur précieuse découverte. Plutôt crever : suivis par les documentaristes, ils décident d’explorer l’édifice par leurs propres moyens. Inutile de dire que cette laborieuse mise en place a de quoi calmer les esprits les plus enthousiastes. Si elles évitent pour une fois les caméras tremblotantes et les reports de points permanents (l’une des constantes les plus incompréhensibles du genre), les fausses interviews du premier acte peinent à exposer des personnages crédibles, la faute à des acteurs globalement à côté de la plaque et à des digressions scénaristiques déprimantes. Lorsque les protagonistes d’engouffrent enfin dans la fameuse pyramide, le film retrouve enfin ses marques, en proposant un spectacle de série B mille fois vu auparavant. Jamais prétentieux (c’est déjà ça), Pyramide n’entend pas réinventer la roue, en enchaîne à peu près tous les poncifs du survival en milieu hostile. L’effondrement d’un plancher (de loin la meilleure scène du film) coupe bientôt tout accès au monde extérieur, un personnage est grièvement blessé, imposant à ses comparses un état d’urgence, la pression nourrit de belles engueulades, une pauvre âme se retrouve victime de pièges millénaires, et une créature commence à rôder.

Filmé de façon classique, avec un effort de construction du suspense et un vrai point de vue sur sa créature, Pyramide aurait pu être un produit d’exploitation fréquentable, idéal pour occuper une soirée entre potes. L’erreur de Grégory Levasseur et de son producteur Alexandre Aja aura été de jouer la carte du found footage le plus éculé, tout en trahissant ce choix narratif tous les trois plans. Ajoutant régulièrement des axes et des cadres objectifs à un dispositif théoriquement subjectif, le film finit par être un amalgame visuel totalement indigeste, respectant ses contraintes quand ça l’arrange et ne parvenant jamais à tirer profit de ses tricheries multiples. Le cul entre deux chaises, Pyramide n’a dès lors ni la rigueur d’un long-métrage à la troisième personne, ni la véracité d’un témoignage, la laideur embarrassante des effets visuels aggravant encore ce dernier point…

Alexandre Poncet

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