Cold Case
21/04/2015

Cold Case

Les Enquêtes du Département V : Profanation

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Six ans après Millénium, une nouvelle franchise scandinave d'une noirceur fiévreuse propose un voyage au bout de la nuit dans une société danoise abritant des monstres sociopathes qui glacent le sang.

On ne voit plus que ça dans les librairies, mais étrangement, le polar scandinave se fait rare sur nos écrans depuis Millénium (2009), sans doute parce que le film de Niels Arden Oplev a vu son succès occulté par celui du remake signé David Fincher sorti deux ans plus tard. On est donc assez ravis de voir débarquer à quelques jours d'intervalle Les Enquêtes du Département V - Miséricorde et Les Enquêtes du Département V : Profanation, adaptés des best sellers danois de Jussi Adler-Olsen, et ce malgré un système de diffusion inhabituel, le premier film de la franchise sortant exclusivement en VOD tandis que le deuxième a droit aux honneurs d'une sortie en salles. Miséricorde nous fait découvrir Carl Morck (Nikolaj Lie Kaas, Enfant 44), un inspecteur de police taciturne et désagréable mis au placard suite à une bavure qui a coûté la vie à l'un de ses collègues, laissé son partenaire paralysé et fait de lui un alcoolique dépressif et teigneux. Envoyé croupir aux archives, il se voit imposer un assistant d'origine syrienne, Assad (Fares Fares, vu lui aussi dans Enfant 44). Chargés de classer des dossiers restés sans suite, les deux hommes décident pourtant d'ignorer les ordres de leur hiérarchie et rouvrent une enquête vieille de cinq ans sur la disparition jamais résolue d'une jeune politicienne. Profanation remonte encore plus loin, avec une affaire de double meurtre survenue vingt ans plus tôt dans une école de la haute bourgeoisie. Dans un cas comme dans l'autre, les deux policiers sont amenés à fouiller dans les poubelles des notables, à subir de très lourdes pressions et surtout à plonger en apnée dans les déviances les plus inavouables de la société danoise, dont ce dyptique propose un instantané qui fait froid dans le dos : le polar nordique est très porté sur les secrets de famille et les perversions, que celles-ci soient liées au sexe, à la violence ou aux deux en même temps, et Les Enquêtes du Département V ne font pas exception à la règle.


Mais ce qui pourrait a priori se résumer à un duo de flics de série télé est avant tout la croisade parfois suicidaire de deux hommes contre le Mal, un mal omniprésent qui contamine une atmosphère particulièrement sombre où les rares instants d'espoir en l'humain sont d'autant plus mélancoliques que tout le reste baigne dans une tristesse insondable. Cela ne signifie pas pour autant que la narration stagne, bien au contraire : le rythme, très dynamique, fait avancer les intrigues selon un angle captivant puisqu'il adopte à la fois le point de vue des enquêteurs et celui des victimes ou des criminels, à travers des flash-back adroitement greffés ou des digressions convergentes. En soi, la méthode n'a rien de révolutionnaire puisqu'elle est fréquemment employée à la télévision, format dont est d'ailleurs issu le réalisateur Mikkel Norgaard. Mais là où Miséricorde peine quelque peu à s'affranchir de cette influence, Profanation possède une densité dramatique bien plus forte et fait preuve de solides ambitions visuelles. Assez scolaire dans l'ensemble, la mise en scène sait ainsi parfois se laisser aller à des écarts de crudité et de romantisme sordide qui évoquent la période hollandaise de Paul Verhoeven et les deux films offrent des climax d'une tension et d'une brutalité extrêmes. Dommage qu'on sente quelques coupes franches dans le récit, lesquelles ont tendance à sacrifier l'étoffe des personnages et à provoquer l'irruption de raccourcis gênants. Mais cette nouvelle franchise reste captivante de bout en bout, emballée avec soin et portée par des interprètes convaincants, Profanation s'offrant même le luxe de révéler une formidable (et très belle) jeune comédienne en la personne de Sarah-Sofie Boussnina, interprète à la fois émouvante et glaçante d'une adolescente peu à peu dévorée par l'excitation sexuelle que lui procure la souffrance d'autrui, dont elle est le témoin voyeur puis actif. Autant dire qu'on se réjouit d'avance de découvrir le troisième opus, Délivrance, toujours adapté par Nikolaj Ancel (Millénium) et confié à Hans Petter Moland, le réalisateur de Refroidis.

Cédric Delelée