Haute fidélité
13/04/2015

Haute fidélité

Dark Places

7

Adaptation de Lieux sombres de Gillian Flynn, Dark Places a semble-t-il conquis la romancière qui n'a pas manqué de louer la fidélité du long-métrage de Gilles Paquet-Brenner à son matériau d'origine. Mais ce qui fonctionne sur la page, fonctionne-t-il forcément à l’écran ?

1985. Libby Day (Charlize Theron) a huit ans lorsqu’elle assiste au meurtre de sa mère et de ses sœurs dans la ferme familiale. Son témoignage accablant désigne son frère Ben (Corey Stoll), âgé de seize ans, comme l’assassin. 30 ans plus tard, un groupe d’enquêteurs amateurs appelés le Kill Club et mené par Lyle Wirth (Nicolas Hoult) convainc Libby de se replonger dans le souvenir de cette nuit cauchemardesque. De nouvelles vérités émergent, remettant en cause la condamnation de Ben… Quelques secondes avant le début de la projection de Dark Places, l'un des journalistes assis dans la salle affirmait un sourire en coin : « Ah ! Ben on va pouvoir comparer avec Gone Girl ! », non sans l'approbation de son voisin. Le genre de réflexion inévitable, mais vaine, Dark Places s’avérant évidemment distinct de son prédécesseur, et ce, en dépit de leur ADN « Gillian Flynn-esque » commun. Un sentiment conforté dès son prologue tourné en DV (!), en noir et blanc (!!) et en vision subjective (!!!) qui situe d'emblée le film de Gilles Paquet-Brenner dans un carcan différent de celui du thriller glacé de David Fincher. Car là où ce dernier s'amusait à accoucher d'une satire grinçante des dérives médiatiques de la société capitaliste, le réalisateur de Les Jolies choses et de Walled In lorgne plus sérieusement du côté du drame psychologisant au moyen d'un scénario où passé et présent s'enchevêtrent de manière indissociable. 

Plus que Gone Girl, cette formule bicéphale évoque surtout pléthore de séries télévisées policières, à commencer par True Detective qui profitait de son postulat de départ pour sonder les tréfonds de l’âme humaine en rouvrant une affaire criminelle pourtant classée. Malheureusement, si de nombreux programmes destinés à la petite lucarne sont loués (à tort ?) pour leur qualité cinématographique, Dark Places provoque, lui, l'effet opposé en donnant l'impression de se retrouver face à un téléfilm grisâtre sur lequel on aurait apposé des caches Cinémascope pour tenter de noyer le poisson. Sans succès, tant le résultat cumule les tares (voix off inutile, interrogatoires aussi statiques que répétitifs, personnages secondaires peu exploités) inhérentes à ce type d'adaptation littéraire cherchant à retranscrire coûte que coûte la structure et la densité de l'œuvre originale, sans parvenir à la crédibiliser dans un univers cinématographique. Difficile, dès lors, de se sentir impliqué par la quête de vérité qui anime l'héroïne, d'autant que Dark Places ne traite jamais frontalement son sujet, quand bien même les protagonistes explicitent ad nauseam le sous-texte d'une intrigue qui aurait mérité plus de finesse et d’audace (« J'ai beau être derrière des barreaux, c'est toi qui es en prison, Libby ! »). Et ce ne sont pas la direction d'acteur inégale (Charlize Theron en fait des tonnes, Christina Hendricks pas assez) et la mise en scène schizophrénique (champs/contre-champs alternant plans fixes et caméra portée sans aucune raison) qui vont inverser la tendance. Bien au contraire.

Jean-Baptiste Herment