C'est arrivé près de chez nous
25/03/2015

C'est arrivé près de chez nous

Waste Land

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Enquêtant sur un mystérieux meurtre commis dans les rues de Bruxelles, un policier tourmenté se retrouve happé dans un univers underground où règne une forme de magie noire. Rare par les temps qui courent, cet argument de thriller fantastique ne pouvait qu'éveiller la curiosité de la Mad Team...

Tandis qu'un ostinato de basses numériques se balade d'une enceinte à l'autre, des panoramas grisâtres de Bruxelles se succèdent, seulement habités de corps endormis. Les yeux écarquillés et humides de Jérémie Renier tranchent avec cette torpeur ambiante. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les premières images de Waste Land intriguent. Réalisateur du formidablement bizarre Left Bank (vendu en février 2011 en pack avec Mad Movies), puis de l'attachante comédie noire Dirty Mind, Pieter Van Hees semble parachever ici son portrait d'une Belgique alternative, marginale, aux mœurs secrètement déviantes et à la cruauté banalisée. Certaines séquences du premier acte de Waste Land frappent ainsi par leur capacité à mêler l'horreur à une quotidienneté pour le moins déprimante, notamment lorsque le héros, inspecteur de police de son état, doit jouer le rôle d'une victime face à un tueur au cours d'une reconstitution d'homicide. Entièrement perçue du point de vue du personnage de Renier grâce à une ingénieuse utilisation du hors-champ, la scène n'a certes aucune incidence sur le reste de l'intrigue, mais elle n'en projette pas moins sur le récit une ombre opaque, participant à forcer l'identification vis-à-vis du protagoniste tout en troublant durablement sa perception du monde.

La notion de perception est au cœur même de Waste Land, Van Hees s'engageant rapidement dans des enjeux, des thématiques et une imagerie rappelant le magnifique Angel Heart d'Alan Parker. Si la juxtaposition de la magie Vaudou à un environnement typiquement belge inspire au réalisateur quelques moments forts, ou du moins une atmosphère peu commune, le film glisse malheureusement très vite vers des considérations beaucoup trop terre-à-terre, au point de ne devenir dans sa seconde partie qu'un drame social de plus. Les promesses des premières images s'envolent donc au fur et à mesure que se déroule une intrigue finalement anecdotique, dont l'ultime rebondissement fantastique aurait mérité d'être greffé  de façon plus viscérale. Rendez-vous manqué, donc, que cet énigmatique Waste Land, dont on gardera cependant le souvenir d'un Jérémie Renier habité et fiévreux, prouvant par son économie et son étonnante physicalité qu'il est encore l'un des meilleurs comédiens francophones en activité. De son côté, Van Hees a toutes les cartes en mains pour devenir l'un des cinéastes majeurs du vieux Continent ; faut-il encore qu'il ait le culot ou l'envie de traiter de façon autrement plus radicale de riches arguments de départ.

Alexandre Poncet

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