Le prix du danger
13/03/2015

Le prix du danger

Divergente 2 : L'Insurrection

6

On pouvait aisément considérer Divergente comme le pire du genre très fréquenté de la dystopie pour ados. Divergente 2 : L'Insurrection vient gentiment rectifier le tir.

Direction artistique à la ramasse, narration pachydermique, enjeux nébuleux, Divergente ne donnait pas du tout envie de connaître la suite des aventures de Béatrice « Tris » Prior, et ce même si on avait succombé au charme capillaire de Shailene Woodley puisqu'elle y arbore dès les premières minutes un carré fort peu seyant censé lui donner l'air d'une tough girl. Et pour cause : la première heure de Divergente 2 : L'Insurrection regorge de gunfights, de bastons et d'exécutions sommaires, affichant un bodycount impressionnant sur un rythme infernal où se succèdent poursuites et trahisons. Autant dire que Robert Schwentke, qui succède à Neil Burger derrière la caméra, redresse sérieusement la barre, un peu comme l'avait fait Francis Lawrence derrière Gary Ross sur Hunger Games : L'Embrasement. Les scènes d'action, robustes et adroitement shootées, sont parfaitement lisibles et impeccablement montées, donnant au film un caractère martial fort appréciable. Bref, ça flingue et ça cogne avec une générosité assez rare dans le genre, dans des décors nettement plus vastes et variés que les entrepôts et les terrains vagues du premier opus.


Malheureusement, si la surprise est plaisante, elle n'échappe pas à quelques erreurs stratégiques et le récit se dégonfle comme un pneu crevé dans sa deuxième partie. On notera ainsi une direction d'acteurs hasardeuse dont Tris est la première victime : Shailene Woodley a beau être sacrément athlétique, elle n'affiche pas plus de trois expressions au compteur et fait bien pâle figure face à la morgue de Miles Teller (qu'on a plaisir à revoir ici après son rôle de drummer acharné dans Whiplash), à un Jai Courtney qui s'en donne à cœur joie en bidasse psychopathe et à l'attachante fragilité d'Ansel Elgort (ceux qui l 'ont vu dans Nos étoiles contraires savent à quel point il rappelle Val Kilmer à ses débuts). Avoir remplacé l'énergique Junkie XL par le transparent Joseph Trapanese à la musique n'est pas non plus un choix très heureux. Enfin, une fois déplacée dans le QG ennemi, l'aspect très physique du film cède la place à des simulations virtuelles où l'abus de palette graphique désincarne le récit, laissant le spectateur sur le carreau après avoir réussi à le gagner à sa cause. Cette baisse de régime est pourtant sans gravité comparée au désastre intégral qu'était Divergente. Compte tenu du fait qu'il obéit à un cahier des charges prévisible et s'adresse à un public ciblé, Divergente 2 : L'Insurrection est donc une séquelle honorable qui donnerait presque envie de rempiler pour le troisième chapitre. Un constat d'autant plus surprenant que la filmo jusqu'ici carrément honteuse de Robert Schwentke (Flight plan, Red, Hors du temps, R.I.P.D. Brigade Fantôme) ne laissait en rien présager une telle aisance dans le genre. 

Cédric Delelée