Gangsta Robot
05/03/2015

Gangsta Robot

Chappie

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Le réalisateur de District 9 rempile dans la SF robotique mais Isaac Asimov est bien loin. De là à dire que la franchise Alien est mal barrée, il n'y a qu'un pas et on le franchit sans hésiter à la vision de cette fable futuriste aussi subtile que Banlieue 13...

Après l'accueil plutôt tiède réservé à Elysium, Chappie s'annonçait pour le réalisateur Neill Blomkamp comme un retour aux sources de District 9, qui avait soulevé un enthousiasme quelque peu disproportionné mais bien réel chez les fans de SF. Sa nouvelle incursion dans la robotique futuriste est pourtant très loin de tenir ses promesses et met en évidence les limites du cinéaste, qui traite ici son sujet avec un tel manichéisme qu'on en reste sans voix, pillant sans pudeur ses aînés, d'A.I. : Intelligence Artificielle à Short Circuit en passant par Real Steel et (surtout) Robocop (tiens, ED-209 !), le tout engoncé dans un pseudo-discours politique délivrant une vision strictement binaire de la société qu'il étale à grand renfort de clichés et de psychologie taillée à la hache. Cette approche ne manque pas de faire sombrer le film dans le ridicule. Ainsi, le bad guy de l'histoire (Hugh Jackman) est très méchant parce que c'est un ancien commando et qu'il croit en Dieu, tandis que son ennemi juré, lui, est gentil parce que c'est un intello binoclard et qu'il est pacifiste. L'argument pourrait tenir la route si le portrait du premier n'était pas si peu crédible (il sort son arme pour menacer son collègue en plein open space) et si le deuxième n'était pas aussi détestable. C'est d'ailleurs le cas de tous les personnages, à commencer par le trio de gangsters (mené par un clone afrikaner de Samy Naceri) qui kidnappe Chappie afin de l'utiliser pour effectuer un braquage destiné à rembourser un gang rival dirigé par un débile profond sorti tout droit d'un mauvais dessin animé. Ils entreprennent donc de parfaire l'éducation du robot (programmé par son créateur pour réagir comme un être humain doué d'une grande sensibilité artistique) et d'en faire l'un des leurs, autrement dit de lui apprendre à adopter l'attitude d'un gangsta, démarche chaloupée, langage wesh et chaînes en or autour du cou à l'appui, le tout rythmé par le hip-hop imbuvable de Die Antwoord (les membres du groupe interprètent les gangsters mais ne sont pas acteurs et ça se voit). Censées être amusantes, ces scènes sont carrément embarrassantes et entament sérieusement la gravité d'une intrigue qui, rappelons-le, traite tout de même de l'éventuelle humanité d'une intelligence artificielle et de l'emploi de la robotique à des fins militaires


Blomkamp a beau tenter d'insuffler un peu d'émotion en fin de parcours à l'aide de ralentis dramatiques et de « Noooooon ! » hurlés vers les cieux pollués, on se moque tellement du sort des protagonistes qu'il est bien trop tard pour jouer sur une quelconque empathie. Chappie n'y échappe pas : pour qu'on puisse s'y attacher, il eût sans doute fallu le montrer autrement que comme un tas de ferraille passif n'obéissant qu'aux impératifs d'un récit prévisible de bout en bout. En termes de spectacle, et malgré de brefs accès de violence (une tête arrachée limite hors champ, un passage à tabac assez brutal), on n'est guère mieux servi : le « style » de Blomkamp se limite en effet à une direction artistique recréant le décor urbain de District 9 (le film se passe à Johannesburg) et à mettre en valeur ses (brillants) effets spéciaux et si la mise en scène reste énergique (épaulée par un score électro de Hans Zimmer), elle est aussi dépourvue de toute idée visuelle si ce n'est celles empruntées ailleurs. On ressort donc de Chappie avec la désagréable impression d'avoir vu un épisode de San Ku Kai produit par EuropaCorp. De quoi réévaluer le remake de Robocop, qui n'avait pourtant rien de très glorieux, et s'inquiéter sérieusement pour l'avenir de la franchise Alien...


Cédric Delelée