C'est grave, docteur ?
06/03/2015

C'est grave, docteur ?

The Lazarus Effect

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Sous influence et formaté, Lazarus Effect est à n'en point douter un produit de consommation courante destiné à alimenter les multiplexes. Ce qui ne veut pas dire que le résultat soit dépourvu d'idées et de qualités.

Devenu le nouveau parrain du fantastique (mais pas que) depuis le carton de Paranormal Activity en 2007, le producteur Jason Blum alimente avec une implacable régularité les réseaux cinématographiques, télévisés et vidéo à grand renfort de séries B horrifiques dont la modestie financière n'empêche pas certains des titres de sa boite Blumhouse de rencontrer un succès colossal. Found footage (Unfriended, Mockingbird), ghost story (Insidious, Ouija), slasher (The Town That Dreaded Sundown), SF (Dark Skies), comédie (Stretch)… Aucun genre ne lui résiste pourvu que le produit corresponde à la fameuse formule du « Low budget, high concept » que lui jalousent ses adversaires. Tourné pour moins de quatre millions de dollars et doté d'un pitch accrocheur, Lazarus Effect ne déroge pas à la règle et évoque, dès ses premières séquences, le mal-aimé L'Expérience interdite (1990) de Joel Schumacher. Un long-métrage souvent accusé de prosélytisme alors que son metteur en scène - un athée, il est toujours bon de le rappeler - clame que son œuvre ne promeut pas la religion, mais la spiritualité. Bien que ténue, la nuance a son importance… Ouvertement influencé par le travail de Schumacher, Lazarus Effect ne brille donc pas par son originalité, même si David Gelb (le documentaire Jiro Dreams of Sushi) parvient à insuffler un brin de substance à un film dont les questions abordées (« Si l'enfer existe, à quoi ressemble-t-il ? » « Jusqu'où peut-on aller au nom des avancées scientifiques ? ») n'en finissent pas de stimuler les esprits depuis la nuit des temps. À ce titre, il faut reconnaître que le cinéaste et ses deux scénaristes s'en sortent assez bien durant la première moitié du film en traitant frontalement du débat de la vie après la mort à travers les divergences morales, éthiques et spirituelles de chacun des protagonistes. On saluera pour le coup la volonté de Blum de vouloir s'attacher les services de comédiens dignes de ce nom, comme ici Evan Peters (American Horror Story), Ray Wise (Twin Peaks) ou encore Mark Duplass (Baghead), convaincant en chercheur ambitieux quelque peu dépassé par ses actes. Et il y a fort à parier que ce fer de lance du mouvement mumblecore est pour beaucoup dans l'aspect authentique et spontané de dialogues plus naturels qu'à l'accoutumée. Seule Sarah Bolger ne semble pas à son aise dans son rôle de documentariste manipulant maladroitement une caméra dont elle ne connaît, à l'évidence, pas le fonctionnement…

Plutôt rigoureux dans sa première moitié, le scénario de Lazarus Effect échoue à maintenir la barre une fois que le personnage de Zoé passe à l’attaque, ses concepteurs préférant se reposer sur la formule éprouvée du slasher claustro à la Hollow Man: L'Homme sans ombre. Non sans un certain panache d’ailleurs, grâce une mise en scène exploitant le moindre recoin de son (unique) décor afin d'accoucher de cadrages originaux ou de moments chocs relativement brutaux au vu des limites imposées par la classification PG-13. De quoi pardonner à cette Expérience interdite nouvelle cuvée de bouffer à tous les râteliers (Simetierre, Shining, Frankenstein...) ou de sacrifier certaines pistes narratives (comme le trio amoureux composé par Frank, Zoé et Niko) sur l'autel du suspense facile, contrairement à son modèle Schumacherien qui flattait, lui, la rétine sans pour autant brader l'évolution émotionnelle de ses personnages. Reste que, jugé à l'aune de ses ambitions, Lazarus Effect remplit honorablement son contrat de série B horrifique du samedi soir, le type de prod' au filmage « classique » qui permettra en outre aux allergiques du found footage de souffler un peu entre deux saillies de terreur intradiégétiques.

 

Jean-Baptiste Herment