Le deuxième souffle
27/02/2015

Le deuxième souffle

Projet Almanac

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Un film pop-corn qui monte en puissance là où beaucoup de ses congénères ont tendance à s’essouffler. C’est assez rare pour qu’on ait envie de prendre la chose du bon côté.

Peu montré à la presse, ce qui n'est jamais très bon signe, Projet Almanac reste de fait enfoncé dans les codes de ces oeuvrettes clippées pour spectateurs adolescents pas trop exigeants. En l'occurrence, la chose est même coproduite par MTV, et pousse assez loin le bouchon en matière de placement de produits, notamment au profit d'une boisson énergétique bien connue. Cependant, le premier long-métrage de Dean Israelite (qui n'est autre que le cousin germain de Jonathan Liebesman) se distingue un peu en ne réussissant pas ce que les films du même type réussissent d'habitude, et inversement.

Expliquons-nous : la plupart du temps, ces bandes juvéniles font preuve d'un certain élan pour montrer les succès remportés par leurs personnages geeks, mais se prennent les pieds dans le tapis quand viennent les difficultés qu'il faut bien introduire pour faire avancer le récit. Ici, c'est bizarrement le contraire qui se passe avec l'aventure d'un lycéen génie des sciences, ayant un jour la surprise de s'apercevoir adulte dans la vidéo d'anniversaire de ses 7 ans. Il découvre alors dans la cave de son défunt père les plans d'une machine à remonter le temps, qu'il va construire en compagnie de deux camarades de classe... et de sa soeur cadette, qui ne lâche jamais sa caméra. Passons sur la crédibilité de ces gamins qui maîtrisent la théorie de la relativité mais se plantent à une interro de chimie basique : le problème, c'est surtout que leur odyssée, qui rappelle un peu celle des Explorers de Joe Dante, se déroule sur un rythme tellement précipité que les protagonistes en deviennent transparents. En particulier, la mignonette de service (jouée par une certaine Sofia Black-D'Elia qui ressemble à un croisement entre Jessica Lucas et Shannyn Sossamon, hmmm...) a à peine le temps de s'étonner de se retrouve incluse dans une bande de voyageurs temporels. il faut dire qu'elle n'est guère aidée par une mise en scène en found footage comptant parmi les plus informes qu'on ait vues jusqu'ici - et il y avait pourtant de la concurrence.

Et puis les choses s'améliorent, au moment où on s'y attendait le moins. Le scénario ne prend pas de gants pour décrire les inévitables paradoxes temporels, avec leur cortège de conséquences catastrophiques entraînées par des modifications du passé qui font boule de neige. Du coup, les personnages acquièrent un peu plus d'épaisseur : même la vacuité consumériste de leur grande journée de fête (le titre et la promo vendaient justement le film comme un Projet X science-fictionnel) finit par se voir critiquée et retournée comme un gant. Le dernier acte dresse ainsi un itinéraire moral qui est sans doute assez gnangnan, mais reste davantage empreint de sagesse que le final béat d'un Retour vers le futur. Cela fait qu'on sort de la salle sur une bonne impression, nous rendant enclins à l'indulgence vis-à-vis de ce Projet Almanac qui, vous l'aurez quand même compris, vaut ce qu'il vaut.

 

 

Gilles Esposito