Les Nouveaux Héros
19/02/2015

Les Nouveaux Héros

Les Nouveaux Héros

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Tout, dans Les Nouveaux Héros, semble se faire l’écho d’un business plan mûrement réfléchi, pour ne pas dire voté par les plus hauts actionnaires de Walt Disney Pictures. Pris individuellement, les composantes du long-métrage peuvent évidemment faire illusion, mais la vision d’ensemble donne l’effet d’une tambouille étrange, capitalisant sur des modes et tendances plus ou moins réappropriées par leurs auteurs.

Dans un avenir suffisamment lointain pour que la Bay Area ait été renommée San Fransokyo (un concept qui renvoie au Neo Seoul de Cloud Atlas), le jeune surdoué Hiro (comme dans Heroes) exerce ses talents dans de miteux combats de robots underground (comme dans Real Steel). Désireux de le ramener dans le droit chemin, et l’aider à exploiter ses aptitudes pour faire le bien, son frère Tadashi l’introduit dans un campus où la jeunesse repousse les limites de la science et de la créativité (à l’écran, un étrange mélange de Silicon Valley… et du Campus Disney lui-même). Lui-aussi inventeur, Tadashi révèle à Hiro le fruit de son travail : Baymax, un aide-soignant robotique aussi rond qu’un ballon de baudruche. Après la mort de Tadashi dans un tragique accident (comme dans La Reine des neiges… et une centaine d’autres productions Disney), Hiro, Baymax et leurs amis du campus vont devoir utiliser leur maîtrise de la science pour contrecarrer les plans d’un mystérieux bad guy portant un masque de Kabuki.

Il y a à peu près de tout dans Les Nouveaux Héros, et même un peu plus : des super pouvoirs, un robot nounours engoncé dans une armure à la Iron Man (d’une pierre deux coups !), une maman célibatante apte à flatter la ménagère, des accessoires de mode qui tabassent (un sac à main customisée pour super-héroïne ? Trop cool…), un personnage piqué au cinéma de Kevin Smith, des clins d’œil appuyés aux Pokemon, des références à la culture Arcade et au monde informatique, le tout inspiré d’une bande dessinée Marvel signée par les géniteurs de Ben 10. Fourré autant que possible, comme si le studio avait eu peur de s’aliéner une quelconque cible commerciale, le gâteau ne peut que séduire au premier abord. Si on le juge frontalement, en buvant docilement son flot continu d’informations et de gags censés combler la moindre zone de vide, Les Nouveaux Héros assure un spectacle solide, très professionnel, techniquement ahurissant et parcouru à l’occasion de bien belles idées (le final de l’autre côté du miroir, par exemple). Le très attachant et charismatique Baymax s’impose également comme une réussite incontestable, pour ne pas dire logique de la part des réalisateurs de Volt Star malgré lui et Winnie l’ourson. Creusez un peu plus loin, et l’écœurement l’emportera, l’artificialité de la recette manquant de peu de transformer ce cousin supposé des Indestructibles en vulgaire cartoon du samedi matin...

Alexandre Poncet