Terreur académique
12/01/2015

Terreur académique

La Dame en noir 2 : L'Ange de la Mort

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Deux ans après avoir terrorisé Daniel Radcliffe, la Dame en Noir revient exercer sa vengeance. Mais elle est un peu fatiguée...

Nous sommes en pleine Seconde Guerre Mondiale et Londres est sous les bombes. Afin de protéger au mieux les enfants de la pluie d’acier allemande, ceux-ci sont envoyés à la campagne. C’est ainsi qu’Eve Parkins (Phoebe Fox, The Hollow Crown), une jeune enseignante, se retrouve chargée de s’occuper de huit écoliers avec l’aide de sa directrice (Helen McCrory, Penny Dreadful). Ils montent dans le train à destination du petit village de Crythin Gifford, proche d’une presqu’île où les attend le manoir réquisitionné pour les accueillir. Dès leur arrivée, ils se rendent compte que c’est dans un village fantôme qu’ils ont échoué et que la demeure est dans un état de vétusté alarmant. Ils prennent néanmoins leurs quartiers mais, très vite, Eve ressent une présence étrangère dans les murs et des enfants meurent dans des conditions inexplicables. Aidée par un pilote qui vient de rejoindre la garnison voisine (Jeremy Irvine, Cheval de guerre), elle tente de percer le mystère qui plane sur la maison et découvre le terrible secret de celle qu’on appelle la Dame en Noir…

On n’en dira pas plus, car il est tout à fait possible d'apprécier cette séquelle sans avoir vu le premier opus. L’ennui, si on a vu La Dame en Noir,réside dans le fait que La Dame en noir 2 : L'Ange de la Mort raconte sensiblement la même chose en moins captivant. Le film de James Watkins se distinguait du tout-venant horrifique par sa grande densité émotionnelle, et ce jusqu’à un final particulièrement poignant. Le ressenti est ici bien différent. Malgré le beau sourire triste de Phoebe Fox, le danger mortel qui menace ses élèves et leurs cruels trépas, la Dame en Noir n’est plus qu’une vague silhouette sans âme dont on nous explique les motivations dans une scène tellement explicative qu’elle en devient embarrassante. Qui plus est, l’intrigue n’est guère étoffée par les traumas trop prévisibles des protagonistes, enfermés dans une narration mécanique où la volonté d’aérer l’action en la déplaçant dans un décor d’aérodrome est bien pensée d’un point de vue symbolique mais dramatiquement hors de propos puisqu’elle évacue le contexte inquiétant que le film s’était appliqué à mettre en place. A ce titre, le réalisateur Tom Harper, venu de la télévision anglaise, fait preuve de beaucoup de goût dans la création d’une atmosphère funèbre baignant dans la tristesse, une manière de montrer que même si l’on fuit la guerre, il est impossible d’échapper à l’horreur. De la photographie à la direction artistique, bluffantes, en passant par une mise en scène d’une grande élégance formelle qui use astucieusement de décadrages imprévisibles pour faire naître le déséquilibre et la peur (malgré l’emploi trop abusif de jump scares), le film possède en outre une qualité de plus en plus rare dans le genre, celle d’avoir vraiment de la gueule et de ne pas ressembler à un DTV bas de gamme, label Hammer oblige. On l’aura compris, même s’il souffre de la comparaison avec son prédécesseur et stagne dans un académisme timide, La Dame en noir 2 : L'Ange de la Mort s’en sort avec les honneurs à défaut d’être mémorable.

Cédric Delelée