Duo de femmes sur lit de frustration
06/01/2015

Duo de femmes sur lit de frustration

Amours cannibales

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Après un début un peu raide, ce film remarqué dans plusieurs festivals finit par convaincre grâce à un mélange inédit entre horreur concrète et thème du Double.

Les portraits naturalistes de tueurs en série qui s’emmerdent à cent balles de l’heure dans le civil, on connaît, les histoires à la Sueurs froides aussi. Mais le mélange des deux donne un cocktail intriguant, avec ces Amours cannibales. Le film de Manuel Martin Cuenca commence ainsi par un accident automobile provoqué par un type embusqué, qui emporte ensuite le corps de la passagère dans un chalet de haute-montagne pour le débiter en morceaux. Il paraît en effet avoir l’habitude de conserver de la chair humaine dans son frigo, dont il sort parfois un steak pour le manger rêveusement… Puis, on passe sans transition au quotidien de l’homme, qui mène une vie morne d’artisan-tailleur dans une petite ville espagnole. Son seul loisir semble être la confection d’un linceul commandité par une confrérie catholique pour les besoins d’une procession, c’est dire si on ne pourrait pas imaginer plus coincé !


L’inattendu surgit toutefois quand une jeune Roumaine, masseuse déclarée et pute vraisemblable, emménage dans l’immeuble de notre anthropophage. Mais ce dernier ne se met pas à table tout de suite, préférant épier la vie dissolue de la belle. Puis, après sa mystérieuse disparition, celle de sa sœur jumelle, qui s’est installée dans son appartement pour la retrouver et qui a par contre tout de la brave fille. Enfin, peut-être : comme on n’a jamais vu les deux ensemble, on se demande s’il s’agit vraiment d’une autre, ou bien si la coquine a changé de personnalité afin de faire les poches de ce benêt qui a l’air de ne jamais avoir eu de rapports normaux avec les femmes ? Or, l’ombre du cannibalisme plane toujours sur cette énigme qui débouchera sur une histoire d’amour tragique. Du coup, le résultat, après un début à vrai dire assez ennuyeux, voit ses personnages prendre peu à peu du relief, et finit ainsi par susciter insidieusement l’intérêt du spectateur. Les plus curieux peuvent donc donner une chance à ce film qui passe encore dans quelques salles à l’heure où nous écrivons.

 

Gilles Esposito

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