Robocop 2 est une suite qui a toujours eu mauvaise réputation. Séquelle, déjà, d'un film instantanément culte –l'histoire quasi-christique d'un flic abattu dans l'exercice de ses fonctions revenant d'entre les Morts sous des allures de super-flic robotique conscient et torturé– signé par l'enfant terrible Verhoeven, commande effectuée par un remplaçant sous-estimé, film de la démesure qui réinvente en profondeur le Mythe ainsi crée, Robocop 2 est pourtant un film génialement intense et intelligent qui, fait assez rare, se démarque très nettement et volontairement de son illustre prédécesseur.
L'histoire:
Détroit. A l'aube du XXIème siècle. Une nouvelle vague de criminalité ravage la ville, tandis que la Police, dirigée par le Cartel OCP, est en grève, pour cause de salaire revue à la baisse. La population, rendue folle par une drogue hyper puissance, le Nuke, en profite pour mettre la cité à sac. Seuls Robocop/Murphy et sa collègue Lewis semblent dévoués à leur tâche, continuant malgré tout de traquer les malfrats à travers la ville.
En fait, cette dernière, endettée, est sur le point d'être rachetée par l'OCP qui, en baissant les salaires de ses policiers, favorise le chaos et la débâche de la population manipulée, poussée à goûter aux plaisirs de la haine, du vol et du meurtre. Robocop/Murphy, dans tout ce marasme, s'occupe surtout de traquer Cain, le leader de la toute puissante secte "Nuke" (qui fabrique ladite drogue); mi-homme, mi-machine, pleinement investie de sa mission/croisade contre le crime, Robocop/Murphy s' "acharne" contre ce nouvel ennemi qui participe à la "chute" de la ville, et ce malgré les policiers corrompus qui oeuvrent pour le compte de Cain.
Robocop/Murphy représente -à côté de cela- une menace pour les dirigeants de l'OCP, le "Vieux" en particulier, et sa nouvelle "déléguée", le docteur Faxx (une femme), qui comptent bien récupérer la ville désorganisée le plus vite possible, afin de la remodeler selon leurs souhaits. Aussi, lorsque le dernier des flics opérant est mis hors d'état de nuire par la secte de Cain, celui-ci est entièrement reprogrammé par l'OCP pour lutter en priorité contre le tabagisme et les délits mineurs (!!).
Entre temps, le projet "Robocop 2", qui servira entièrement les intérêts de l'OCP et rien qu'eux, et qui protègera à l'avenir les ouvriers oeuvrant au renouveau de la cité (enfin) devenue privée, est voté. Le docteur Faxx militant pour l'utilisation d'un cerveau criminel pour ce dernier…
Robocop/Murphy parvient finalement à échapper à la programmation débile de l'OCP et du docteur Faxx en s'électrocutant de lui-même et, de nouveau opérationnel, il abat Cain, qui se retrouve à l'hôpital entre la vie et la mort.
Le Maire, quant à lui, désireux de racheter ses dettes, et d'extirper sa bonne vieille ville des griffes de l'OCP, tente en douce une transaction illégale avec les anciens associés de Cain, qui profitent du désarroi du Maire en lui proposant une donation salvatrice en échange de la légalisation du Nuke. Transaction "vendue" aux dirigeants de l'OCP par l'un des adjoints du Maire.
Pendant ce temps, le docteur Faxx jette son dévolue sur Cain. Maîtresse du "Vieux", détenant de ce fait toutes les autorisations pour son projet délirant, elle tue Cain en le débranchant à l'hôpital et "injecte" son cerveau fraîchement extrait, contre l'avis de tous les roboticiens de l'OCP, dans l'imposante armure du Robocop 2, s'assurant de sa totale obéissance via sa dépendance au Nuke ("friandise" délivrée par le biais d'un système adéquat). Les dirigeants de l'OCP étant menacés par la transaction secrète entre le Maire et les derniers membres de la secte "Nuke", la première mission de Robocop 2 est approuvée par le "Vieux" lui-même: liquider le Maire et tous les témoins potentiels, faisant échouer par là
même la possibilité d'un rachat de la ville de Détroit par elle-même.
Robocop 2 s'acquitte de sa tâche avec zèle, mitraillant sans discernement aucun politiciens véreux et anciens partenaires/amis, dévoré par le manque de Nuke qui le tiraille horriblement; mais le Maire arrive tout de même à s'enfuir.
Plus tard. Détroit peut enfin inaugurer son nouvel hôtel (autel?!) de ville. La presse est conviée au sein du colossal bâtiment de 80 étages pour écouter le "Vieux" qui, à l'occasion, présente son tout nouveau super agent des forces de l'Ordre: Robocop 2/Cain. Celui-ci, retenu seulement par un dispositif de verrou électronique, rendu fou par le manque de drogue, arrive finalement à se substituer à ses nouveaux maîtres. S'en suit un épouvantable carnage: journalistes, policiers et civils tombent comme des mouches, fauchés par la folie destructrice du robot/psychopathe (super-équipé) redevenue libre et passablement déjanté.
Robocop/Murphy, qui a reconnu Cain en Robocop 2, s'interpose et, au terme d'une lutte titanesque, détruit le cerveau de Cain, dont le corps synthétique s'écroule après quelques spasmes électriques.
L'OCP est mise en accusation. Les victimes du robot fou sont innombrables, les dégâts considérables. Pour couvrir ses arrières, le "Vieux", hué par la foule en colère, remet toute la responsabilité des faits, ainsi que du projets désastreux d'un Robocop 2, sur le dos du docteur Faxx, qui sera finalement arrêtée à sa place.
Robocop/Murphy et Lewis font état de la machination, mais sont impuissants face à l'injustice; ils ont néanmoins remplis correctement leur job de flic, et fait échouer les plans de l'OCP.
Alors certes, Robocop 2 – le film n'est pas l'histoire personnelle d'un flic métamorphosé, il donne plus la part à l'action, le spectaculaire et les SFX, ce n'est plus l'œuvre satirique d'un hollandais "fou" qui a fait d'une banale histoire de SF une quête métaphysique sur l'identité. Certes, Robocop 2 ridiculise à outrance son héros principal, se désintéresse de lui, l'écarte un moment durant l'action. Certes, Robocop 2 se fout de la potiche Lewis qui, un temps seulement, se rappelle à la mémoire du spectateur en manœuvrant un gros engin blindé. Etc. etc. Beaucoup de choses ont disparu de même par rapport au premier film, Verhoeven déjà (Total Recall, la Chair et le Sang; tout est dit), Basil Poledouris ensuite, Kurtwood Smith est remplacé par un Tom Noonan passablement terne, et Nancy Allen fait de la figuration de luxe. Alors, quoi?!?…
D'emblée, Robocop 2 se démarque de son prédécesseur en imposant un ton, une ambiance générale. Détroit en proie au crime, plus malade que jamais, et c'est son histoire quasi tragi-comique qui va nous être conter. –Et non l'histoire d'un simili homme meurtri. D'ailleurs, quel intérêt dans cet épisode? Le problème "Robocop" est réglé: à la fin du premier film, Murphy s'accepte en fin de compte tel qu'il est devenu, c'est à dire une machine douée de conscience, consciente d'avoir été un homme auparavant. – L'histoire, donc, d'un Détroit et de ses rues terrifiantes de crimes loufoques et violents, l'histoire d'une ville de corruption. Une ville livrée à un combat d'intérêt fratricide (voire parricide) entre elle-même et un puissant Cartel, qu'elle couve en son sein.
Le ton est donné. La suite du succès "Robocop" servira un scénario bien plus caustique (dans ses fondements même) et virulent que celui du premier film. En fait, à bien y regarder, Robocop 2 – le film évoque une authentique tragédie grecque, remaniée à la sauce burlesque, un mélange de sublime (l'affrontement final entre les 2 Robocop par excellence, rappelant David et Goliath, voire Heraclès contre Héphaïstos) et de grotesque (Robocop démantibulé, Robocop ridiculisé par des gosses de quartiers) tagué aux couleurs criardes des BD trash américaines. Et, dans tout cela, pas vraiment la place ni le temps d'approfondir les personnalités, mais plutôt les interconnexions entre ces personnalités/personnages, domaine dans lequel le scénar' de Robocop 2 excelle. Car Robocop 2, à défaut d'être plus profond émotionnellement parlant, bénéficie d'une histoire de conspiration hautement rocambolesque et très complexe, basée sur les recoupements des divers protagonistes et situations (à un tel point que Robocop et Robocop 2, pas vraiment au fait de ce qui se trame au-dessus de leurs têtes, finissent par représenter de vulgaires pantins dans un théâtre de l'absurde). Comme dans une tragédie antique, dans laquelle le Destin de la Cité toute puissante qui s'auto-déchire prime par rapport aux automates (//robots) qu'elle utilise à ses fins; les enjeux et les rebondissements, la toile de la Vie où s'engluent les hommes -aveugles- prisonniers de leurs destins entremêlés, est la seule chose qui importe vraiment, véritable moteur de l'action. Les personnages dans Robocop 2 servent l'action, bien plus qu'ils ne la créent.
Robocop lui même, dans tout cela, n'est plus qu'un rouage qui, plus que de se servir de l'histoire pour "vivre" (une aventure de plus), va bien plus servir l'histoire, et ce bon grés mal grés.
On ne parlera que brièvement de cette "évacuation" du potentiel émotif du film (les problèmes de Murphy visant son ancienne famille) où l'on manipule ses angoisses et les plaintes de sa femme jusqu'à les transformer en Devoir. Pour ne pas faire de peine à celle qu'il aime toujours et qui était sa femme une année auparavant, en refusant de lui avouer que lui, son ancien maris, est devenu en fait un super flic robot, et en assurant sa pleine coopération au sein de la Police, Murphy redevient Robocop -le temps d'une scène- et le tour est joué. L' "homme" (et tous ses sentiments normaux) est évacué au profit de la machine et le côté joyeusement "barré" du film/de l'histoire peut enfin reprendre ses droits légitimes de BD animée et sur-vitaminée, entachée d'aucune fioriture émotionnelle quelles qu'elles soient.
Ainsi, en évacuant le côté humain pour le substituer à l'aspect mécanique et froid, rouage d'une machination énorme et tentaculaire où les hommes ne sont que des pantins, Robocop 2 – le film s'autorise les délires les plus fous, typique d'un certains style de BD, très Comics, où l'emphase et la dérision se marient à merveille. Junkies tarés, équipe de base ball en culottes courtes transformée en parade de monstres, perso' déshumanisés sans aucuns scrupules (le "Vieux" est ici métamorphosé, plus salaud que jamais), projet de nouveaux robots délirant, opérations gore à la violence gratuite, spots TV outranciers, démembrement féroce du Robocop et humiliation gênante du héros malmené, "baladé", poursuites folles avec un Robocop "biker" et toutes les apparitions du Robocop 2, qui vole littéralement la vedette à son homologue, tant par la folie des scènes dans lesquelles il apparaît que par les animations affolantes de Phil Tippett qui, pour le coup, enfonce le film de Verhoeven et son ED-209. Un côté très BD totalement assumé qui, au-delà de ses outrances et de la dérision (caricatures) qu'il véhicule tout au long du métrage, n'affaiblit en rien le côté très réaliste du film et sa dénonciation douce amère de notre propre Société. Car, véritable catalogue de toutes les "horreurs" du XXème siècle, miroir sans faille de notre Société actuelle en pleine perdition (enfance vile et criminalité infantile, corruption policière, technologies dangereuses détournées, pollution massive, politiciens sans vergogne, fléau de la drogue etc. etc.), Robocop 2 – le film, à travers ce style typique et très outrancier, arrive somme toute à nous communiquer toutes les angoisses d'un nouveau Millénaire naissant. Et, dans ce délirant tourbillon sans plus une once d'âme que les démons du pouvoir, du paradis artificiel et de l'éternité dans une boite de conserve armée et dopée, le Robocop 2 "domine" de toute sa hauteur, véritable icône, point culminant de toute cette folie graphique, cette corruption imagé par l'utilisation de psychopathes comme sujets d'expérience et de drogues dures comme autant de couronnes pour des rois tenus en laisse. Robocop 2 ou la permission des Puissants aux criminels les plus dangereux d'user et d'abuser de leur statut particulier pour régner sans partage sur le siège d'intrigues démentes qui dépassent de loin leurs ambitions premières, et qu'ils arrivent à fouler grâce au gant d'acier qu'on veut bien leur donner…
Une métaphore "explosive", ultra efficace.
Robocop 2 ou une "vraie" fausse suite qui se justifie amplement par cette seule machine de guerre proprement terrifiante -véritable Cheval de Troie qui donne au titre du film tout son sens- qui ose se démarquer du premier film en n'en gardant que les éléments clés pour les faire siens, et qui amène ainsi l'intérêt de la série à un autre niveau supérieur. Intérêt renouvelé par le biais de quelques sacrifices, certes, mais compensés par une histoire très "enflée", mais époustouflante d'audace, tant elle s'avère surprenante, critique et brutale, à l'égard de ce qu'elle caricature à peine. Reste que Robocop/Murphy y apparaît un peu comme le Batman/Bruce Wayne de Batman Returns, comme un figurant (ou une figurine) dans un univers qui le submerge. Qu'importe, alors, que Kershner, comme Burton, s'intéresse bien plus à œuvrer au bon fonctionnement d'une histoire ou d'un univers complexe!… Technicien hors-pair à qui l'on doit déjà L'Empire contre attaque, ce dernier apporte à cette entreprise nouvelle tout son savoir faire et sa technique, totalement au service qu'il est d'une véritable tragédie futuriste à peine dissimulée par les chœurs lancinants du superbe générique de fin signé Rosenman. Grâce à un scénario très bien construit et "dur", que viennent heureusement "alléger" des tonnes d'action et effets pyrotechniques, imparables à tout succès et qui nous rappellent quel genre de film -au départ- nous souhaitions voir, il fait d'une vulgaire suite la promesse tenue d'un spectacle excellemment recyclé -non plus en drame futuriste- mais en "épopée" tragique relayée par des prouesses techniques bluffant.
Excellente suite au chef d'œuvre de Verhoeven, révision très intéressante d'un univers, d'un Mythe, au profit d'ambitions louables, Robocop 2 réussit amplement là où un opus 3 lamentable allait s'échouer, nantis d'une stupéfiante impression d'inutilité et de nullité profonde.