Malgré son bide (22 000 entrées France) et ses critiques peu élogieuses, le dernier opus de Dario Argento est une sacrée réussite. Le Sang des innocents (Non Ho Sonno) marque surtout le retour du maître au genre qu’il chérit le plus : le giallo. Les retrouvailles sont d’autant plus jouissive que le groupe des Goblin sont aussi de retour à la musique. Le Sang des innocents raconte l’histoire d’un tueur, surnommé Le Nain, mort 17 ans auparavant qui refait surface dans la ville de Turin. Le commissaire jadis sur l’enquête (Max Von Sydow) et maintenant à la retraite, ainsi que le fils (Stefano Dionisi) d’une victime du tueur partent enquêter sur ce fantôme resurgit du passé... Le film commence donc par cette scène dans le train, un petit moment d’anthologie d’un quart d’heure, où une prostituée essaye d’échapper à un tueur. Cette séquence est remarquable en plusieurs points, d’abord parce que Dario Argento a choisit l’authenticité et a donc tourné en décors naturels. 50 km de rails furent squatté par l’équipe pour l’occasion. Il expérimente même une nouvelle façon de filmer en plaçant une caméra sur les épaules du cameraman pour pouvoir filmer avec réalisme la poursuite dans les décors étroits des wagons. Cette idée astucieuse renforce le sentiment de claustrophobie qui atteint le spectateur. Ensuite, la photographie de Ronnie Taylor est sublime (encore plus belle lors du meurtre de la danseuse plus tard), tout en conservant un éclairage naturel (celui du train), on retrouve le goût de Dario Argento pour les couleurs. On remarque donc une alternance de vert, violet, jaune ou de bleu (du rouge sang pour l’arrivée à la gare pour évoquer le meurtre) suivant le wagon que traverse la future victime. Et quand la musique des Goblin s’en mêle... le fan est aux anges !
la scène du train, le morceau de bravoure du film !
Après cette scène mémorable (2 meurtres bien gore), Argento décide de calmer le jeu et commence son enquête. Car après tout le giallo est un film d’enquête et pas juste le délire d’un cinéaste pervers voulant montrer des scènes de meurtres plus atroces les unes que les autres (je dis ça pour M6...). On va donc suivre l’ancien commissaire Moretti, affublés de trous de mémoire (le thème de la mémoire est récurrent chez Argento) joué par un Max Von Sydow impeccable. Un flic à la retraite, de l’ancienne école (il traite les nouveaux flics d’expert en marketing), mais surtout une légende de la police. Il fit une promesse il y a 17 ans, de retrouver le tueur à Giacomo, un gamin dont la mère a été sauvagement assassiné par Le Nain à coups de Cor anglais (le meurtre le plus trash du film sans hésitation...). Tous les deux se retrouve à Turin pour enquêter sur cette résurrection inattendue d’un tueur supposé mort. En effet, un nain écrivain, auteur de polar trash, fut accusé de 3 meurtres en 1983. Il fut retrouvé mort une balle dans la tête. Le tueur refait donc surface et suit le rituel d’une comptine pour enfants (écrite par Asia), où chaque victime est symbolisée par un animal différent. Le "nouveau" tueur continue donc son œuvre... Si Le Sang des innocents est une réussite, elle est due en premier lieu à un scénario à tiroirs impeccable (écrit par Argento lui-même), avec une liste de suspects qui s’allonge au fur et à mesure que le film avance (et dire que la réponse se trouve dans la première scène avec le tueur…). La mise en scène du maître n’est pas en reste, elle est efficace, au service de son histoire, malgré quelques cadrages très téléfilm (la VF n’aide en rien en plus…). Le long plan séquence pour le meurtre du "cygne" est carrément dément.
Ulysse Moretti, une légende de la police...
En définitive, Le Sang des innocents marque le retour d’un grand cinéaste. C’est aussi une synthèse de sa carrière, on retrouve beaucoup d’éléments d’autres de ses films comme le fait que Giacomo ne se souvienne pas d’un détail important pour l’identification du tueur (comme dans L’Oiseau au plumage de cristal). Non Ho Sonno est donc un pur giallo qui ravira les fans, les meurtres sont originaux, souvent très gore. Le suspense est haletant (stressant même !) et les acteurs plutôt bons (ou bonne... Chiara Caselli la bomba !). Un sacré bon film je vous dis !
5/6