Peut-être qu'ils espèrent limiter les dégâts ?
À la place d'un réalisateur, si on me livrait l'adaptation de "Dragon Ball" en me laissant seulement six mois et soixante millions de dollars, je bondirais sur l'occasion. On peut faire de brefs films acceptables en une semaine ("Masters of Horror"). En réduisant les moyens au maximum, en disant non au trop-plein de stars et à une partie de la machinerie hollywoodienne, voire en optant pour le tout-numérique et le système D, on peut faire des miracles.
En tout cas, j'essaierais, j'essaierais de tout mon coeur. Je tenterais de mon mieux de concevoir une adaptation qui utilise intelligemment l'univers et respecte l'esprit de l'oeuvre (suivre un autre propos, créer d'autres personnages, oui, mais intimement, on doit être proche de la chose originelle, sinon, ça ne sert à rien "d'adapter", autant raconter une autre histoire), qui se livre à toutes les trahisons nécessaires en gardant nombre de détails.
Pour commencer, perso, je réviserais intégralement l'aspect de Piccolo et des autres non-humains. Pas question de les faire jouer par James Marsters ou une autre folie du genre (d'autant plus que Marsters, il coûte) : ils doivent être conçus de manière originale et recherchée, l'idée serait par exemple de reprendre les influences de Toriyama et de les utiliser autrement. Piccolo avait une tenue d'inspiration hindoue, notamment le turban, mais un turban serait ridicule en film. Ma version filmique de Piccolo aurait quatre bras, façon Shiva, et d'autres caractéristiques physiques étranges, bizarroïdes, héritées de ces mythes, mais surtout une sorte de tête insectoïde, niant directement toute humanité qui, dans un tel contexte de pareille adaptation, serait immédiatement interprétée par le spectateur comme cartoonesque. En même temps, à l'exemple d'un Davy Jones, ce Piccolo résolument xénomorphique se devrait d'être constamment expressif, vivant, et esthétiquement raffiné, ciselé avec un souci du détail qui confinerait au maladif. Une gestuelle étrange pour un monstre effroyable.
Ensuite, je chercherais, narrativement, les véritables moteurs de "Dragon Ball". Il me semble que le principal, le véritable fond de la question, l'essentiel de l'oeuvre, c'est SANGOKU ET VÉGÉTA. La relation de ces personnages est fabuleuse, elle transcende le manga. Végéta est l'archétype de la Némésis dévoyée, en bataille répétée avec sa propre humanité. C'est le prince illusoire d'un monde qui n'existe plus, et il se révèle en constant conflit thématique avec Sangoku, l'homme qui s'est fait lui-même, pour qui seul le présent compte. On pourrait encore en rajouter pendant des pages et des pages, mais c'est le coeur du manga...
... tout autant que l'enfance de Goku. Tous ces moments d'innocence et de courage inouï, ce voyage initiatique entrepris trop jeune après une isolation complète et une période de solitude et de simplicité, tout cela forge notre héros en un être simple et vrai, une force de la nature au service de tous. Sangoku est né et a grandi pour sauver l'univers, même s'il doit le payer de sa vie, et encore, à de multiples reprises. C'est un principe d'altruisme, non, c'est le principe tout court. Tout ce à quoi l'être humain se doit de tenir s'il veut que les lendemains soient encore lumineux.
Bref, j'axerais le film autour de ces deux périodes. Je centrerais sur la Terre, pour plus d'efficacité narrative : Namek et les voyages spatiaux, c'est bien joli, mais ça dé-focalise. Je prendrais un ennemi particulièrement représentatif, Cell, et j'en ferais la véritable menace du film.
Les Dragon Balls seraient un enjeu constant tout au long de l'histoire.
Afin d'éviter tout à la fois que les Boules ne décorent trop et que le spectateur ne soit sans cesse ennuyé avec des "Techniques Suprêmes", ce seraient les Boules qui conféreraient à leur propriétaire certains pouvoirs magiques, lesquels, utilisés avec force effets spéciaux, remplaceraient efficacement les Techniques Suprêmes de la Mort.
En gros, le récit pourrait se structurer ainsi :
1] L'enfance de SangokuDurant cette période, les pérégrinations de Sangoku seraient un peu épicées d'une rencontre avec le professeur Gero, personnage inquiétant qui pourra même prélever le têtard que Goku s'apprêtait à manger. Discussion assez ambiguë avec Gero, qui paraît innocente, mais qui doit laisser sourdre une certaine angoisse. Gero parle du tétard, il dit que c'est un être plein de potentialités, pas encore complètement formé (c'est d'ailleurs pour cela qu'il en fera une base de ses expériences génétiques), tout comme Sangoku lui-même. Clin d'oeil aux fans, et prélude intriguant laissant présager d'une histoire recomposée.
Puis rencontre avec Bulma. On gomme tout ce qui a trait à l'Armée du Ruban Rouge et assimilés : pas assez charismatiques, pas assez porteurs, prendraient trop de place dans le film. On oublie également l'essentiel des personnages secondaires, pour n'en laisser que le strict minimum (éventuellement, on en fusionne certains).
Le grand méchant de cette période sera Piccolo, qui cherche à s'emparer des sept Boules de Cristal pour éviter l'arrivée des Saiyens sur la Terre. Laissé en vie par un Sangoku déjà solaire à la fin de ce petit arc, il faudra trouver un expédient scénaristique quelconque pour qu'il ne tente pas de se venger (peut-être une simple menace, ou bien le rappel par Sangoku du vrai but de Piccolo, rentrer sur Namek).
2] Les Saiyens et le docteur GeroJ'ai jamais su si on devait mettre le y ou le i en premier.
Bref.
Les Saiyens arrivent, donc. Grosses intrigues où ils cherchent d'abord Sangoku, ensuite Piccolo, pour réparer leurs vaisseaux individuels cassés. Mais non, Piccolo leur explique que même si c'est les gens de Namek qui ont construit les vaisseaux (raison pour laquelle, dans la première partie, il pouvait les détecter), les vaisseaux sont à usage unique, l'entrée dans l'atmosphère les a endommagés au-delà de toute expression. En parallèle, on voit les relations du docteur Gero avec ses cyborgs, et Cell qui grandit. Grands conflits Sangoku-Piccolo-Saiyens, embrouillée de prises d'otages (Bulma ?) et de recherche des Dragon Balls. Mais toute cette histoire devrait durer relativement peu de temps, parce que le Saiyen qui accompagne Végéta se fera descendre par l'un des cyborgs du docteur Gero, venu voler l'une des Dragon Balls.
3] La fin de toutLe cyborg rentre au labo du docteur Gero, situé en plein coeur d'une ville (on n'est pas dans un manga, les laboratoires secrets en plein milieu des montagnes, ça n'existe pas, les recherches de Gero en matière de super-soldats sont d'ailleurs financées par un gouvernement), tandis que deux autres cyborgs empêchent Sangoku, Piccolo, Végéta et Bulma, unis dans l'adversité, de le poursuivre. La Dragon Ball ramenée par le cyborg fournira assez d'énergie à Cell pour fonctionner : sans cette magie, la créature, aberration biologique, serait condamnée à une mort rapide. Du fait de l'apport constant en énergie et en "illogisme structurel" fourni par la Dragon Ball, Cell peut sortir de sa cuve. Il décide d'étrenner sa nouvelle existence en tuant tous les êtres vivants dans le laboratoire, et il continue le massacre dans la ville, liquéfiant l'intérieur des personnes pour le drainer ensuite. C'est épouvantable, atroce, inimaginable.
Sangoku et Cie débarquent dans ce décor, prélude d'apocalypse. Discours rapide avec Cell, en rapport avec les thématiques qui auront été développées au cours du film (rapport direct pour les thèmes "parlés", subtil avec les "thèmes cachés").
Puis c'est le combat final.
Sangoku gagne le combat en se sacrifiant (ouverture => faire écho à ce sacrifice par celui de Végéta dans le deuxième film, ce qui permettra de le faire apparaître avec sa jolie auréole, en enfer, dans le troisième?). La Dragon Ball est arrachée à Cell, qui, sans cette boule magique, agonise de fort sale manière.
Épilogue : Végéta, Bulma et Piccolo décident d'un commun accord de voyager de par le monde. Peut-être la légende est-elle vraie, peut-être que rassembler les sept boules permettra de ramener Sangoku à la vie, et peut-être aussi de ressusciter les victimes de Cell, ou Dieu sait quel miracle.
Après, si on devait faire un 2, il se passerait essentiellement sur Namek, avec Freezer comme méchant principal, et on creuserait l'histoire des Saiyens. La véritable motivation du père de Freezer pour conquérir l'univers serait de contrer l'arrivée annoncée de l'antique démon Bou.
Le troisième épisode, quant à lui, de retour sur Terre, élargirait pas mal l'univers avec plus d'aperçus du paradis et de l'enfer déjà entrevus dans Dragon Ball 2, et surtout, il aurait pour menace le terrible Bou, dont l'on pourrait implanter des indices bien placés de l'avènement prochain dès Dragon Ball 1.
Post-scriptum : Pourquoi j'ai écrit tout ça, moi ?
Oh mon Dieu, je... je...
Je suis devenu un passionné de Dragon Ball ? !