Jean Christophe Grangé... Un auteur dont je ne sais pas trop quoi penser.
C'est que l'auteur possède de nombreux défauts rédhibitoires. Il semblerait qu'il veut toujours trop en faire.Qu'il ne sait pas s'arrêter. Et de fait, dans sa volonté de créer le " twist " qui marquera les esprits, Grangé créé souvent des climax qui sombrent dans le ridicule ( Le concile de pierre, La ligne noire, ... ) ou malheureusement plombés par des " deus ex machina " sortis de nulle part ( Le vol des cigognes ) Sans compter une fâcheuse propension à pousser le bouchon du malsain un peu loin. De plus, en tant que passionné de cinéma, je ne peux passer sous silence les adaptations désastreuses de ses romans ( pour un Les rivières pourpres potables il faut s'infuser les médiocres L'empire des loups ou Le concile de pierre ) ou ses scripts catastrophiques ( Vidocq quand même ! ).
Et pourtant... Les romans du monsieur me passionnent. Je les lis toujours en quelques jours. La pleine conscience des défauts de ces ouvrages ne m'empêche pas, au contraire, de les apprécier. Malgré tout sait trouver le pitch accrocheur qui fait la différence et qu'il appuie d'une certaine érudition. Il parvient à entretenir le mystère, à susciter l'envie chez le lecteur de dévorer l'oeuvre afin d'en savoir plus.
Partant systématiquement de faits divers banals, il mêle souvent, avec talent ( mais aussi parfois trop maladroitement ), circonvolutions de l'histoire récente et mystères quasi surnaturelles en plus d'une couche de ses obsessions personnelles ( eugénisme, totalitarisme, pulsion de meurtre ). Sans compter qu'il un fort habile créateur d'ambiance ( le Paris glauque du Serment des limbes, la jungle étouffante du Centrafrique de Le vol des cigognes... Et, surtout, sa description d'une France aux dessous viciés, violents et cruels).
En plus de cela, je ne peux que louer ses efforts de créer des personnages complexes, marquants, perpétuellement déchirés entre lumière et ténèbres ( bon d'accord des fois ils se vautre complètement ! ).
Et donc heureux je suis ! De fait, après un Le serment des limbes passionnant, mais entaché par de très gênantes fautes de goût, Grangé vient tout juste de nous livrer un de ses meilleurs crus ( en tout cas on est très loin de la véritable purge qu'est La ligne noire ) avec Miserere.
Miserere, au travers de l'enquête mené par un flic retraité d'origine arménienne et son jeune collègue d'origine russe, nous conte de bien ténébreuses affaires mêlant enfants de choeur, nazisme et le Chili de Pinochet. Un vaste programme donc !
Et miracle, Grangé parvient à le tenir, presque, jusqu'au bout ! Les psychoses des personnages sont très bien intégrées à l'histoire principale qui, quand à elle, se révèle réellement intriguante.
Au passage, l'auteur se paye même le luxe d'évoquer des pages authentiques mais peu connues, et assurément pas glorieuses, de notre Histoire nationale ( la formation des bourreaux sud américains du " Plan Condor " par des vétérans de la guerre d'Algérie, l'opération de " maintien de la paix " réalisée par l'armée française dans le Cameroun indépendant du début des années 60 ).
Alors évidemment Grangé ne peut s'empêcher de créer des sous intrigues inutiles et de conclure, facilement, son intrigue en recourant à un " Deus ex machina" essouflé ( bon on atteint pas le niveau du nain tzigane armé de uzis du Vol des cigognes ! ). On pourrait surtout reprocher à l'écrivain de ne pas suffisamment utiliser la base de son pitch. Mais que tout cela ne vous empêche pas de donner sa chance à ce roman souvent intrigant voir inquiétant !.
Par contre, étrange coïncidence, Miserere est la deuxième oeuvre française, avec Martyrs, à sortir ce mois-ci et à traiter de la souffrance et de la torture comme possible instrument de transcendance divine.
